FEQ - Stevie Wonder triomphe et promet de revenir pour Mégantic

Il venait à peine d'arriver que toutes les Plaines entonnaient avec lui le refrain de «How Sweet it is to be Loved by You».
Photo: Yan Doublet -Le Devoir Il venait à peine d'arriver que toutes les Plaines entonnaient avec lui le refrain de «How Sweet it is to be Loved by You».

En plus de dédier son spectacle de Québec aux gens de Mégantic, Stevie Wonder a proposé dimanche soir de revenir faire un concert bénéfice pour eux. Une promesse glissée dans un spectacle exceptionnel qui restera gravé dans les mémoires.

Les journalistes dont je suis ont souvent tendance à abuser des superlatifs pour décrire ce qu'ils voient. Mais jamais les mots «triomphe», «communion» et «émotion» n'ont semblé aussi pertinents qu'au cours de ce concert de Stevie Wonder. À lui seul, ce spectacle justifiait tout le festival. C'est peut-être même l'un des plus magiques de son histoire.

Il venait à peine d'arriver que toutes les Plaines entonnaient avec lui le refrain de «How Sweet it is to be Loved by You». C'était dans la poche comme on dit. Le public de Québec était transformé en chorale gospel. La communion était parfaite, le public chantait, lui obéissant au doigt et l'oeil.

Il a vite parlé de Mégantic. «Je dédie ce spectacle aux familles et aux victimes de la tragédie qui s'est produite la semaine dernière», a-t-il lancé en anglais. La foule hurlait en guise d'approbation. Et le chanteur d'ajouter. «Dieu connait la vérité.» Plus tard, il allait carrément proposer de revenir faire un concert bénéfice pour les familles!

Cette performance constituait une époustouflante leçon de spectacle. Nul besoin de feux d'artifices pour créer son effet. Suffit d'une voix, de l'énergie, de bons musiciens et du fameux «je ne sais quoi».

Troisième chanson, Stevie Wonder chante «The Way you Make me Feel» de Michael Jackson. Il est en feu, sort son harmonica. Ça groove rare. Il délire avec son «harpejji», guitare nouveau genre qu'il avait présentée en conférence de presse.

Pendant «Is This Love?» de Bob Marley, il dirige la foule comme si c'était une chorale. Change de ton pour s'adapter aux voix «des dames», ajuste son rythme à celui du public. Piano, chant, harmonica, aucune baisse de rythme. Pour un gars de 63 ans, le monsieur a du souffle.

Il faut dire qu'il est appuyé par des musiciens impeccables et que l'enchaînement des chansons était très réussi. Similaire à celui des rares spectacles qu'il a donnés ces derniers mois, il rassemblait un bon mélange de reprises qui le servaient bien comme «Day Tripper», qui  n'est pas la meilleure compo des Beatles mais héritait d'un nouvel élan avec Wonder.

En conférence de presse, le chanteur expliquait qu'il cherchait toujours à devenir meilleur. À plusieurs reprises, il s'est dit stimulé par les défis qu'on lui donnait : projets ambitieux de concerts, nouvel instrument de musique. Le talent excepté, c'est sans doute cet espèce d'appétit qui explique le ravissement de cette soirée. Peut-être aussi ce luxe qu'il a de ne pas se produire trop souvent.

Souvent, il s'est adressé à la foule. «Vous savez, moi j'ai un avantage. (…) Je ne vois pas les gens mais je peux tout ressentir», avant de lancer que trop de gens se préoccupaient de «la couleur des gens», de «combien ils gagnent.»  Et d'interpeller «ceux qui ne sont pas d'accord avec (lui)» pour leur dire qu'il les «aime de toute façon».
Un petit «medley» improvisé a suivi peu après avec «Michelle», «Milord» et même «Voulez-vous coucher avec moi ce soir?» Puis il a invité le chanteur de la première partie, Raphael Saadiq à venir chanter avec lui «Cherie Amour». On avait l'impression d'être dans un immense party de famille.

Enfin comment décrire ce moment d'émotion quand ému, il a enlevé ses lunettes et montré ses larmes ? Il a alors a évoqué ceux qui sont morts pour la justice et annoncé que plus jamais il ne chanterait en Floride à cause du jugement rendu en faveur du meurtrier du jeune noir Travyon Martin.

Et hop, il remettait ses lunettes pour  «célébrer» et relancer un «Happy Birthday» dansant pour les Français. «Superstition suivait». Trop trop de bonheur.


 

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