Les trois paris des Indiens

Le rock lourd trouve sa place dans la scène musicale alternative de Québec. Alors que le duo Ponctuation fait belle figure ces temps-ci, une autre formation de la capitale nationale, Les Indiens, se démarque avec sa musique pesante construite sur trois paris : celui du stoner rock, celui du fait français et celui de l’intégration des musiques autochtones.

Le quatuor a livré en mars un premier disque, Crâne, qui a succédé à un mini-album paru un an auparavant, intitulé ED, clin d’oeil à Ed Belfour, l’ancien gardien de but des Blackhawks de Chicago. Les pièces des Indiens sont longues, lourdes, tribales. On les verrait bien autour de groupes comme Gros Mené ou Les Dales Hawerchuck.


« On s’est mis à tripper ensemble, une couple de gars, on avait des blondes qui se connaissaient. On avait tous une passion pour le gros rock, le stoner, la musique psychédélique des années 1960, raconte le chanteur Guillaume Sirois, aussi directeur général du Festival OFF de Québec. La première chose qu’on a voulu développer, c’était de mélanger un peu l’esprit des musiques autochtones avec le stoner. Et l’autre pari, c’était de le faire en français, il y a très peu de stoner qui s’est fait en français, en fait. »


Le groupe Les Indiens est formé de Guillaume Sirois, du bassiste Michel Groleau, du batteur Pascal Asselin et du claviériste Alex Beaulieu. Sirois est un ancien du groupe rap CEA, Groleau a joué dans un groupe appelé Ma grand-mère en bikini et Asselin est aussi connu dans la musique électronique sous le nom de Millimetrik.


« Moi, mon cheminement s’est fait en dehors des genres trop fixes, raconte Sirois. J’aime moins reproduire tel quel un genre de musique, comme le punk, on voit ça souvent. J’ai tout le temps été intéressé par une réinterprétation, avec des enjeux esthétiques X et Y. »


Sur Crâne, les références aux musiques autochtones ne sont pas centrales, mais elles sont clairement audibles, surtout au niveau percussif, mais aussi un peu dans les mélodies et les paroles. Et cette direction artistique n’est pas que superficielle, car Guillaume Sirois et Michel Groleau ont eu chacun des contacts privilégiés avec ces communautés. « J’ai grandi dans la même maison qu’une famille de Montagnais, qu’on appelle Innus maintenant, explique Sirois. Encore je reste dans le même bloc qu’eux. Je me suis toujours beaucoup intéressé à leur culture, à leur musique. J’ai des CD chez nous, j’en écoutais beaucoup. Michel, lui, il a découvert ça plus sur le tard, car il a travaillé dans le nord, dans les mines, au Nunavut, donc il était en contact avec les Inuits là-bas, et c’est là qu’il a commencé à s’intéresser à leur musique. Au niveau mélodique, les changements d’accords des musiques autochtones tournent souvent autour de deux ou trois notes. C’est là qu’on est allé chercher ça. »


En studio


Crâne a été enregistré avec le réalisateur Jace Lasek, leader des Besnard Lakes, dont le studio Breakglass a accueilli des dizaines de groupes importants, comme Arcade Fire, Plants and Animals, Stars, Unicorns, Patrick Watson et Fly Pan Am. « Son studio, c’est terrible, s’émeut presque Sirois. Y’a de la machinerie là-bas. Ça compte quand tu veux une sonorité un peu vintage. Nous autres, on réfère ben gros à Black Sabbath et aux groupes psychédéliques des années 1960, et y’a une question de matériel pur là-dedans. On avait nos instruments de base, mais, une fois rendu là, on essaie. C’est pas souvent dans ma vie que j’ai eu un contexte d’enregistrement aussi créatif, je pense que je me suis rendu compte à quel point ç’a une incidence. »


Les Indiens joueront dans quelques festivals cet été - ils étaient aux Francos plus tôt en juin - et croient que leur musique lourde est exportable. « Y’a des poches de public qui aiment le stoner partout sur la planète. On est sur une grosse compilation américaine, Heavy Planet, qui nous a mis dans les 50 groupes de stoner les plus prometteurs au monde ! C’est quand même cool. Après ça, on a l’option de se rendre dans le désert en Californie pour enregistrer un EP, y’a un paquet de projets en tête. Les Indiens, c’est du sérieux. »