27e Festival international Nuits d’Afrique - Hasna el Becharia, la perle cachée du diwan algérien

Décrite chez elle comme la star de la Saoura, Hasna el Becharia porte partout dans le monde ses chansons à la guitare.
Photo: Production Nuits d’Afrique Décrite chez elle comme la star de la Saoura, Hasna el Becharia porte partout dans le monde ses chansons à la guitare.

Chez elle, on la décrit comme la star de la Saoura, dans la région de Béchar, sa ville natale du Sahara algérien. Hasna el Becharia en a emprunté le nom, s’est mis à jouer de l’oud et de la guitare pour animer les mariages, puis elle est sortie du placard avec son guembri, la basse traditionnelle du diwan, jusque-là interdite aux femmes. Maintenant sexagénaire, elle s’amène ce mardi au Cabaret du Mile-End avec son instrument fétiche, sa guitare électrique et ses chansons qu’elle porte maintenant un peu partout dans le monde.

Le diwan est un rituel thérapeutique soufi pratiqué en Algérie par les populations d’origine africaine et sa musique est l’équivalent du gnawa marocain. « C’est un peu comme le raga indien. C’est classifié. La musique accompagne les poèmes, mais c’est beaucoup plus que ça, c’est mystique et ça peut mener à la transe », précise le traducteur Amine Kouider.


Le père d’Hasna el Becharia enseignait aux maâlems, les maîtres musiciens. Il jouait aussi du guembri. « Quand je l’entendais en jouer, la musique entrait directement dans mon corps et j’avais des crises », se rappelle Hasna el Becharia. « Il me disait, cet instrument n’est pas pour les femmes, si tu le touches, je te coupe la peau. Je l’ai laissé parler, puis je me suis trouvé un bidon d’huile en métal, un manche à balai et des cordes de bicyclette. J’ai fabriqué mon premier guembri. Il ne m’en a jamais vue en jouer ».


En 1999, le Cabaret sauvage la révèle avec son guembri dans le cadre du festival Femmes d’Algérie. Elle vivra en France durant quatre ans, puis reviendra à Béchar où elle avait commencé sa carrière dans les mariages. Elle en raconte l’histoire : « J’ai commencé avec l’oud, j’accompagnais, il n’y avait pas de sono, il fallait jouer fort. J’ai utilisé une guitare acoustique, puis j’ai vendu deux bracelets en or pour me rendre à Oran, où j’ai acheté une guitare électrique et un ampli. »


Avec le temps, elle a fait paraître deux disques : Djazaïr johara en 2002, puis Smaa Smaa en 2010. Elle se dit plus satisfaite du premier : « Celui-là avait la vague de mon coeur, mais pour le deuxième, il y avait des gens qui proposaient des choses et ce n’est pas exactement ce que je voulais. Attendez le prochain, je vais faire comme je l’entends », dit-elle. Son disque préféré est nettement plus roots, sans l’ajout d’instruments qui lui sont extérieurs comme le violon ou la clarinette : du diwan à la Hasna avec sa voix grave, son guembri, ses guitares, les choeurs qui répondent aux appels, la flûte obsédante, les montées rythmiques subites et les accélérations finales.


Hasna parle aussi de son inspiration : « Des gens me disent que ma musique est mélangée avec le blues et autre chose. Mais je ne connais pas ces musiques. Ce que je compose me vient directement du ciel. » Une naturelle, dites-vous ?

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