Soirée rap sur les Plaines - Wiz pour les uns, Wu pour tous

Wu-Tang Clan
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Wu-Tang Clan
Relax et efficaces, tels ont été les membres de Wu-Tang Clan vendredi soir sur les plaines d’Abraham. Le mythique groupe rap voulaient repartir en tournée de groupe une autre fois et faire les choses correctement, proprement, et célébrer le 20e anniversaire de leur classique Enter The Wu-Tang (36 Chambers). On peut dire que ç’a été chose faite au Festival d’été de Québec.
 
Le groupe s’est fait attendre une vingtaine de minutes, jusqu’à ce que résonnent en français dans les haut-parleurs : «Je m’appele Method Man» puis «Je m’appelle RZA», et la commémoration pouvait commencer. Sur scène, ils étaient sept, Masta Killah ayant raté son vol, mais près d’une heure plus tard, il a rejoint la bande, qui à grand coup d’accolades lui a montré sa joie de le voir apparaître.
 
Au départ, les enchaînements étaient laborieux, mais rien pour empêcher la foule de lever leurs mains en l’air en faisant un «W» en croisant les pouces, reproduisant le célèbre logo du groupe. Pendant Bring da Ruckus en ouverture, les membres se tapaient dans les mains, se frappaient les poings.
 
Puis réchauffé, Wu-Tang a resserré les rangs, y allant même d’une petite chorégraphie. À la mi-parcours, RZA a pris à quelques reprises le micro (et une bouteille de champagne) pour des séances d’auto-congratulation (ils peuvent se le permettre), soulignant grosso modo que l’essentiel, ce n’est pas des outils technologiques, mais bien des DJ doués et des MC talentueux.
 
Et ils ont vogué comme ça, malgré les années, entre leurs pièces communes et celles solos (on a eu droit à Brooklyn Zoo du défunt Old Dirty Bastard). Et on aura tout vu, Wu-Tang a même fait un bout de Come Together, des Beatles, devant des milliers de briquets.
 
RZA a même remercié les politiciens canadiens d’avoir «permis» que tout le groupe puisse traverser la frontière. Et la foule des plaines ne pouvait certainement pas s’en plaindre.
 
Wiz Khalifa

Ce n’était pas autant la folie furieuse pour Wiz Khalifa juste avant, mais le prolifique rappeur a drôlement bien fait et fait abondamment crier la foule. Accompagné d’un DJ, d’un claviériste et d’un batteur, Khalifa s’est bien amusé, riant souvent dans les présentations de ses chansons, le genre de rire du gars un peu gelé. Ce qui ne serait pas étonnant étant le sujet principal de ses chansons et l’ambiance enfumée de la soirée!
 
Derrière Khalifa, sur les écrans, est resté presque tout le concert le nom de sa chanson Taylor Game, en forme de logo militaire à la Top Gun. Marchant lentement sur la scène, la fierté de Pittsburgh a alterné entre les pièces plus brutes, quasi crunk, et les airs pop comme Let It Go (avec la voix d’Akon en piste audio). Il s’est souvent accroupi, ou accroché à son pied de micro — orné d’un long foulard à la Steven Tyler d’Aerosmith —, mais ce n’était pas tant par paresse que par style savamment négligé.
 
Souriant, Khalifa a lui-même demandé à la foule de lui en demander plus, répétant «more ! more !» Personne ne s’est fait prié, et le rappeur en a rajouté une couche avant de conclure sa très bonne performance avec son succès Black And Yellow devant des dizaines de milliers de bras en l’air. 
 
Classified
 
Le Canadien Classified, lui, est monté sur scène alors que le soleil déclinait doucement, donnant un répit aux festivaliers, étouffés par la chaleur écrasante de la journée. Moins connu que ses prédécesseurs sur scène, Classified a quand même une quinzaine de disques en poche. C’est évidemment son récent hit Inner Ninja, en fin de prestation, qui aura le plus fait réagir. Accompagné de musiciens (un batteur, un guitariste et un DJ-bassiste), le néo-écossais a multiplié les clins d’œil au répertoire rap américain, faisait jouer un bout de Dark Fantasy de Kanye West, et présentant même sur écran un mash-up d’artistes qui l’ont inspiré, comme Dr Dre et Beastie Boys.
 
Maintenant un bon rythme,  Classified a toutefois décroché à mi-parcours, alors qu’il s’est installé devant un clavier. Hésitation, déconnade, le ballon a dégonflé un peu, mais a repris du volume avec Anything Goes et 3 Foot Tall.
 
En ouverture, alors que les gens entraient encore sur le site, le FEQ avait confié une petite demi-heure à l’étiquette rap québécoise 7e Ciel, question de souligner son 10e anniversaire.
 
Son fondateur Anodajay a lancé le bal, suivi de Dramatik, de Samian,  de Koriass et de Manu Militari.  Pas le temps pour les présentations et les mises en scène, les cinq rappeurs ont chacun offert deux chansons, souvent leurs hits, tentant de frapper fort du premier coup. Un beau condensé de ce qui se fait ici, d’autant plus que les MC étaient également accompagnés d’un groupe live.

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