Nikki Yanofsky - Petite diva devenue grande

Nikki Yanofsky avec toujours cette même énergie qui irradie la majorité de son public en salle, dont l’âge est inversement proportionnel à celui de la chanteuse.
Photo: François Pesant Le Devoir Nikki Yanofsky avec toujours cette même énergie qui irradie la majorité de son public en salle, dont l’âge est inversement proportionnel à celui de la chanteuse.

Suffit d’aborder Nikki Yanofsky en parlant de ses débuts au Festival de jazz de Montréal en 2006 devant des milliers de personnes… à seulement 12 ans. Avec tout ce petit « bonnefemme » de chemin parcouru depuis la sortie de Nikki, en 2010, la Montréalaise nous sert quasiment du « Quand j’étais jeune, vous savez… »

 

La mignonne nous remet ça encore cette année. À guichets fermés pour trois soirs au Théâtre du Nouveau Monde, oui madame, avec toujours cette même énergie qui irradie la majorité de son public en salle, dont l’âge est inversement proportionnel à celui de la chanteuse. Qu’à cela ne tienne, elle entame après une longue intro l’accrocheuse Little Secret, une des chansons de son troisième album qui paraîtra à l’automne, sous l’égide de Quincy Jones, oui monsieur.

 

Après quelques notes, le public semblait ravi de retrouver « sa » sémillante Nikki. L’humble auteure de ces lignes était toujours dubitative quand elle s’est mise au piano pour Ain’t No Way, une autre nouvelle création. Mais la Nikki, c’est une souplesse dans la voix qui étonne et détonne. Elle nous fait le coup à tous les coups. Au début, on écoute avec les yeux. On comprend bien que le jazz est en train de flirter avec la pop - LMFAO et le fameux Get Lucky de Daft Punk sont de la fête ! - et que ça ne lui pose aucun problème, à la Nikki. À ses fans d’hier et à ceux qui viendront sûrement plus nombreux avec ce nouvel album destiné aux radios les plus commerciales non plus.

 

Mais quand elle se la joue fifties à fond dans Let the Good Times Roll, qu’elle a chanté récemment avec Stevie Wonders, ou dans Something New, un mélange de son cru des univers de Jones et d’Herbie Hancock, il y a de l’orage dans l’air, le swing arrive par-derrière et le jump blues ressuscite comme par magie. Ce qui est mystique, pour sûr, c’est cet instrument qu’elle manie comme d’autres vont se balader. Même si on aurait bien aimé de vraies choristes pour la mettre davantage en valeur, à l’instar des huit habiles musiciens qui accompagnaient ses moindres trémoussements avec une précision sans faille.

 

C’est plutôt en deuxième partie du concert qu’elle nous gagne, la Nikki, avec un crescendo de chansons où ses cordes vocales se déploient de manière à faire éclater les coeurs aussi durs que le nôtre. Que de « oh ! » et de « ah ! » se sont précipités quand elle a entamé le fabuleux Killing Me Softly de Roberta Flack.

 

Une surprise bouleversante nous attendait quand elle a poussé les premières notes de People Are Strange des Doors. Là, on tenait étrangement une partie de l’essence du jazz, celui qui va au-delà du talent et qui prend la souffrance à bras-le-corps. Toutes ces années d’adolescence à trimer dur sous les projecteurs et pas l’ombre d’une ombre dans ce sourire magnifique, ces petites robes proprettes et ces chansons sauce pop ? La Nikki nous a étonnés de nouveau ce soir-là en montrant sa capacité à interpréter les mots maudits du célèbre chanteur provocant et débridé… On y a cru, parole de frissons sur les bras.

 

Quand finalement Etta James a pris possession de son corps dans le « Baby ! » de I’d Rather Go Blind, c’en était fait. Plantée à côté de son éternel micro Swarovski, la Nikki n’était plus cette petite que l’on remarque pour son âge, mais bien pour son talent. Et dans ce talent-là, il y avait un peu de génie. Du génie de grande, oui madame.
 

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