Lyle Lovett et Chris Isaak à Wilfrid-Pelletier - La grande classe, le gros party

La manière acoustique de Lyle Lovett et des siens allait être du meilleur goût, du plus grand chic.
Photo: François Pesant Le Devoir La manière acoustique de Lyle Lovett et des siens allait être du meilleur goût, du plus grand chic.
Les beaux habits gris de confection en disaient déjà long. La manière acoustique de Lyle Lovett et des siens allait être du meilleur goût, du plus grand chic.
 
Le premier morceau, un bluegrass en formation rapprochée au centre de la très vaste scène de Wilfrid, a ravi d’emblée. Oh ! La sono parfaite ! Oh ! La perfection dans l’exécution ! Oh ! La belle voix du grand escogriffe, on avait oublié ce timbre, la dernière visite remontait à 1995. Tout ça disait : spectacle de qualité supérieure.
 
Et ce fut exactement ça. Un morceau bluegrass instrumental a renforcé l’impression. Et puis les chansons se sont succédé, impeccables toutes, festin de guitares, violon et mandoline, bonheur de l’arrangement raffiné, Please Release Me en shuffle leste, Here I Am bluesée… On a aussi retrouvé le Lovett pince-sans-rire, le conteur-sans-en-avoir-l’air, sorte de Dustin Hoffman de la présentation de chansons. On l’avait oublié, celui-là aussi. Le brillantissime Lyle, mine de rien. Ce grand gaillard à drôle de tête et charme fou.
 
White Boy Lost In The Blues était immense : oui oh oui, on peut remplir magnifiquement l’espace avec des instruments acoustiques et des voix en harmonie, comprenait-on. Une longue mise en contexte (tranquillement hilarante) a mis la table pour une reprise aux petits oignons d’Isn’t That So, pièce de Jesse Winchester (plutôt oubliée, c’était plein d’oublis rappelés au présent ce jeudi soir).
 
Et puis Lovett, en toute élégance, a tourné le projecteur vers ses exceptionnels musiciens, laissant au violoniste Luke Bella deux chansons, et une à son guitariste soliste Keith Sewell : c’était généreux, peut-être à l’excès, au point ou le chanteur vedette devenait un brin trop spectateur de son propre spectacle. Place du centre rapatriée avec panache avec l’inspirante I Will Rise Up, évocation des jours de catastrophes naturelles, dans un style qui renvoyait à notre Zachary Richard préféré.
 
On a été transportés de la sorte, sans crier gare, sans bousculade, jusqu’à la fin de cette première partie de programme double : une grosse heure et demie de beauté country et de bluegrass du plus haut niveau. La marrante Pantry, les rares titres encore familiers If I Had A Boat, She’s No Lady, You Can’t Resist It (avec forces solos et showcases pour les musiciens), ont conclu la grande démonstration de savoir-faire du grand échalas nonchalant de la musique de racines.
 
La promesse tenue de Chris Isaak

Le party pouvait commencer. Chris Isaak s’est amené comme une Cadillac rutilante, dans un habit bleu à motifs, trop flamboyant exprès. Heureusement que nous étions là pour souvenir la musique « live », a-t-il dit, sinon il serait obligé de se promener ainsi dans les rues…
 
Sacré Chris, champion de l’humour au second degré, installant d’entrée de jeu avec tout Wilfrid un goût du plaisir partagé, de la connivence, du lâcher prise. De l’entertainment au superlatif, voilà son truc, et il n’a pas fallu cinq minutes pour qu’il descende dans la salle, se dépose sur une spectatrice, se faufile en serrant des mains dans la rangée C où mon amie Do et moi nous trouvions, ébahis et contents. « I wanna free you people… », a-t-il promis. Et Wilfrid était debout, et Wilfrid exultait.
 
Il a d’abord aligné les belles de son répertoire à lui (I Want Your Love, San Francisco Days, Best I Ever Had, We’ve Got Tomorrow, Somebody’s Crying, l’imparable ballade Wicked Game), avec son habituel groupe de musiciens aussi mobiles que lui. Manquait à l’appel Kenney Dale Johnson, le batteur complice de toujours, occupé ailleurs par une saleté de cancer : il a fallu un batteur ET un percussionniste pour le remplacer.
 
Baby Did A Bad Bad Thing, avec son riff répétitif et gagnant, a sonné la charge : tout un tas de gens se sont précipités à l’avant de la scène, rare occurrence à Wilfrid. « I need to see somebody when I’m singing », avait intimé juste avant l’ancien pugiliste après quelques mesures. Ça ne se refusait pas. Une fois là, personne n’allait en repartir : party il y avait, party il y aurait jusqu’à la fin. Isaak arrivait précisément à la portion Beyond The Sun du spectacle : son lot de reprises de chansons connues et moins connues des heures pionnières du rock, matière de son plus récent album.
 
Notre homme était lui-même à la fête, ça se voyait. Après Only The Lonely (belle à pleurer), Ring Of Fire, Can’t Help Falling In Love, It’s Now Or Never, Oh, Pretty Woman, She’s Not You, le programme prévu a été jeté au panier et les surprises ont abondé : ça allait loin, jusqu’à du James Brown, I’ll Go Crazy, et jusqu’à la plus jolie version imaginable de Western Star, la chanson écrite par Isaak pour kd lang. Merveille.
 
Était-ce fini, déjà ? Ça avait duré aussi longtemps qu’à Lovett, mais tel un train fou qui déraillait ça et là. Éblouissante démonstration d’un autre genre. Quand Isaak est revenu au rappel (Blue Hotel, quoi d’autre ?) dans son habit elvissien sursignifié fait de mille miroirs, encourageant les gens à le prendre en photo, c’était clair : on avait eu le meilleur de deux splendides gugusses aussi différents que totalement performants. Une soirée que personne n’oubliera. Et certainement pas mon amie Do et moi.
 
 
 

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