Cinéma direct pour les Triplettes

Si brillante soit l'animation du film (signé Sylvain Chomet), les Triplettes ne seraient pas les Triplettes sans la trame sonore de Charest.
Photo: François Pesant Le Devoir Si brillante soit l'animation du film (signé Sylvain Chomet), les Triplettes ne seraient pas les Triplettes sans la trame sonore de Charest.

On connaissait le film, même chose pour la musique. L'intérêt de célébrer les dix ans des Triplettes de Belleville avec une interprétation live de la pimpante trame sonore de Benoît Charest était donc ailleurs: dans la synchronisation de l'exécution. Et ce fut fait avec maestria. 

Le théâtre Jean-Duceppe était plein jusqu'au dernier siège, jeudi soir. Preuve qu'une décennie plus tard, le succès — musical et cinématographique — des Triplettes semble ne pas faiblir. Si on prend en mesure la réaction du public, l'oeuvre a gardé toute sa fraîcheur et son potentiel d'émerveillement. Ça demeure brillant et adorable, poussé par un vent de folie plein la tête. 

 

Mais si brillante soit l'animation du film (signé Sylvain Chomet), les Triplettes ne seraient pas les Triplettes sans la trame sonore de Charest. Une musique dont on se rappelle spontanément pour le succès «Belleville Rendez-vous», interprété par le chanteur M à l'époque. Mais il y avait beaucoup plus, et une réécoute attentive permet de mesurer la richesse d'une oeuvre à la fois subtile et précise, dont l'apparente simplicité camoufle un grand travail de composition. Et d'interprétation.

 

Benoît Charest ne cachait pas une certaine nervosité avant le spectacle. Il fallait être «raccord». Projeté sur un écran géant derrière et au-dessus des musiciens, le film n'allait pas s'arrêter. Une fois lancé, il fallait suivre. Et Le Terrible Orchestre de Belleville (huit musiciens au total, Dan Thouin, Jim et Chet Doxas, Dany Roy, Dave Martin, Simon Meilleur) a suivi — jamais décroché, jamais distancé, au pas du peloton gravissant à l'écran le terrible «col du fémur»… 

 

On avait gardé de la trame du film quelques bruitages et certaines voix, mais tout le reste fut interprété en direct (incluant la participation de la chanteuse Béatrice Boniffassi pour «Atila Marcel» et «Belleville Rendez-vous»). Il y a sûrement eu quelques anicroches que les musiciens auront remarqué — quelques notes dans un segment inspiré d'un Prélude de Bach, peut-être —, mais franchement, totale fluidité. Au point où il était facile d'oublier que les musiciens étaient sur scène pour se concentrer sur l'écran, perdu dans une salle de cinéma. 

 

Un mot de félicitation pour le technicien de son derrière la salle: à voir la quantité de réglages qui se succédaient sur sa console, il a trimé dur. Avec le meilleur résultat qui soit, c'est à dire que le public n'a rien vu aller.