L’impact Wu-Tang

Véritable institution du rap, Wu-Tang Clan, groupe phare des années 1990, a marqué les esprits avec un bon son brut.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jason Merritt Véritable institution du rap, Wu-Tang Clan, groupe phare des années 1990, a marqué les esprits avec un bon son brut.

Alors qu’aux FrancoFolies de Montréal le groupe français IAM a fait le bonheur d’un paquet de trentenaires fans de hip-hop, le Festival d’été de Québec (FEQ) frappera un grand coup vendredi en invitant le mythique groupe Wu-Tang Clan à monter sur la scène des Plaines. Véritable institution du rap, ce groupe phare des années 1990 a marqué les esprits avec un bon son brut, et pas que pour les truands. Nos rappeurs en parlent encore.

La soirée sera donc rap vendredi, alors que Wu-Tang Clan sera précédé de Wiz Khalifa, de Classified, et dès 19 h par des rappeurs de l’étiquette québécoise 7ième Ciel, fondée par Steve Jolin, alias Anodajay, et dont fait entre autres partie le rappeur Koriass. « Si j’écoutais Wu-Tang ? Ben quin !!! », nous écrit Anodajay, ne lésinant pas sur les points d’exclamation. « La première fois qu’on a entendu ça, moi et ma gang hip-hop de Rouyn, on capotait ben raide ! C’était un groupe avec un son unique, raw, avec des échantillons de films de kung-fu. »


Ils étaient neuf membres dans Wu-Tang Clan, neuf façons et caractères différents, avec quelques têtes plus fortes, comme RZA, GZA et Method Man. Plusieurs ont par la suite mené des carrières solos. Leur album Enter the Wu-Tang (36 Chambers) a marqué tous nos intervenants intensément.


Le rappeur Maybe Watson a en poche un disque solo, et fait partie du groupe Alaclair ensemble. Il est également un des membres du collectif K6A, qui a récemment traduit la pièce de Wu-Tang Protect Ya Neck (devenue Protège ta nuque) en plus d’en refaire à l’identique le vidéoclip. « La première fois que j’ai écouté Wu-Tang, je trouvais ça trop brutal et pas assez mélodieux comparativement aux sons de Snoop, par exemple. Mais j’ai vite compris l’intérêt qu’ils suscitaient après quelques écoutes dans le sous-sol d’un ami DJ. Ils ont donné envie à plein de rappeurs de continuer en montrant qu’il y avait de la place pour un rap cru que les gens aimaient beaucoup, autant que la pop commerciale. On a tous rêvé de les côtoyer ou de collaborer avec eux. »


Koriass, qui était en nomination au dernier prix Félix-Leclerc, se souvient qu’à 14 ans, il faisait du breakdance sur les chansons de l’album Wu-Tang Forever. « Et j’étais nul. J’avais un poster avec leurs neuf faces dessus, moi et un ami de l’époque, on s’amusait à les nommer, comme si c’étaient les personnages d’un film ou d’un jeu vidéo. L’attrait de Wu-Tang, c’est un peu ça, c’est au-delà de la musique, leur oeuvre entière est conceptuelle. Les références à la culture asiatique dans les sons et images, les noms choisis… C’est un aspect souvent négligé aujourd’hui dans le rap, travailler l’esthétique en entier et créer un univers. »


Le symbole de cet univers était leur fameux logo en « W », aux allures de chauve-souris. Pour Laurent K. Blais, journaliste et blogueur sur le site spécialisé en rap 10kilos.us, cette icône n’était pas si anecdotique que ça. « C’était facilement reproductible sur des agendas, des murs, des vêtements, etc. C’était parfait pour les jeunes. C’est unique, même aujourd’hui. »


Wu-Tang Clan prévoit faire paraître un nouveau disque, qui serait intitulé A Better Tomorrow, et dont une pièce, Family Reunion, est en écoute sur le Web. Est-ce que 20 ans après 36 Chambers le groupe est encore pertinent ? Oui et non, croit Laurent K. Blais. « Si on regarde la manière qu’ils avaient de se mettre en marché, de monétiser une marque (Wu-Wear, c’était génial), leurs coups d’éclat (ils ont le premier clip de rap à avoir coûté 1 million de dollars), ils étaient tellement en avance que oui, ils sont encore copiés aujourd’hui. Musicalement, ils sont cependant dans la reprise, glorifiant des morceaux datant de 10 à 20 ans. »


Qui sait si, en coulisses de la scène des Plaines, Koriass croisera les membres de Wu-Tang Clan. Qu’est-ce qu’il leur dirait ? « Je n’aime vraiment pas approcher les artistes que j’admire, ça me gêne énormément. Mais si je le faisais, je leur dirais sûrement qu’ils sont le meilleur groupe de rap de tous les temps, point final. »

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