Daniela Nardi sur la piste de Paolo Conte

«Je veux l’interpréter depuis que je l’ai découvert dans les années 1980», dit de Paolo Conte la chanteuse italo-canadienne Daniela Nardi.
Photo: FIJM «Je veux l’interpréter depuis que je l’ai découvert dans les années 1980», dit de Paolo Conte la chanteuse italo-canadienne Daniela Nardi.

Après une phase plus pop mâtinée d’éléments électros, la chanteuse torontoise Daniela Nardi assume sa double identité italo-canadienne et se lance sur la piste de Paolo Conte en proposant sur son disque Espresso Manifesto, une relecture de plusieurs de ses classiques. C’est la romance avec de la classe et le côté dandy rendu avec beaucoup de liberté. Elle en présente la substance en quintette vendredi et samedi soir au Savoy du Métropolis.

Sur son site Internet, Daniela Nardi résume son Espresso, de même que son Italie, en quelques mots très révélateurs : « sombre, riche, terreux, complexe, sans effort, élégant, primitif, chaud ». En entrevue, elle en rajoute : « En général, la perception par rapport à la musique italienne est remplie de clichés. Quand j’ai commencé à faire le disque, je voulais montrer aux gens qu’il y a plus que l’opéra ou O Sole Mio. L’espresso est le symbole ultime du pays et le manifesto est l’intention, celle de montrer la richesse de la culture. »


Voilà donc le titre du disque résumé. Mais pourquoi donc le choix de Paolo Conte ? « Je veux l’interpréter depuis que je l’ai découvert dans les années 1980. C’est notre héritage et sa musique est intemporelle, tout comme ses mélodies. En plus, c’est un choix intéressant pour une femme de faire une musique d’homme. » Et pourquoi les femmes ne reprennent-elles pas ses chansons ? « Il possède un caractère masculin très fort, un peu comme Leonard Cohen. Et sa voix fait tellement partie de ses chansons que c’est difficile de les imaginer autrement. Je suis peut-être folle, mais je pense que l’on peut les dire différemment. »


Pour le disque Espresso Manifesto, Daniela Nardi est allée enregistrer à Calvi Dell’Umbria. Elle y a rencontré l’équipe de rêve du jazz et des musiques improvisées, dans laquelle figurent le guitariste Fausto Mesolella, le clarinettiste Gabriele Mirabassi, l’accordéoniste Luciano Biondini et le trompettiste Fabrizio Bosso. Mais, comme la majorité d’entre eux ne vivent pas dans le même monde artistique que Conte, leur réaction au projet de la Torontoise fut mitigée.


« Lorsqu’ils ont reçu l’invitation à participer, ils étaient à la fois cyniques et curieux, mais leur attitude a changé parce que j’apportais une nouvelle approche. Étant Italiens, ils étaient trop proches de la musique de Conte et ils avaient une idée préconçue de son oeuvre. Moi, j’étais Nord-Américaine et j’ai remué leurs idées toutes faites. Ils ont finalement changé d’idée. »


Il en résulte des chansons au fond de jazz, des airs romantiques qui sautillent avec de petits éclats de piano, des effets de slide et ce swing qui paraît si naturel sur ces airs d’insouciance. Nardi reprend Azzurro avec un piano vitaminé et Como Di, la fameuse comédie d’un jour, avec la clarinette qui surfe fluidement. Nina est devenue une ballade sensuelle et langoureuse sous les conseils de Fausto Mesolella, alors que Gelato al Limon est lancée en jazz sautillant. Gioco D’Azzardo a fini par s’imposer, élégante avec le piano, syncopée à l’accordéon. Reste Via Con Me, livrée ici avec une touche dixie très libre, mais également remixée de trois façons différentes par le DJ Gerardo Frisina sur le EP Machiato67, que la chanteuse a récemment fait paraître.


Pour le disque, elle avait fait les arrangements de base, ou plutôt, suggéré des états d’esprit, pour chaque titre. Puis, elle a laissé improviser ces splendides musiciens. Elle aurait aimé les inviter à Montréal, mais ce sera partie remise, faute de budget. Elle s’amène donc son grand complice Ron Davis aux claviers et ses autres partenaires habituels. Puis, un autre défi se pointera : l’Italie. « Là-bas, Conte est un Dieu. Les gens sont cyniques, ils te disent, “puisqu’il est encore vivant, je ne veux pas t’entendre l’interpréter” ». Avec le temps, et beaucoup de glace au limon, ils s’y feront.