Le coeur entre le Danemark et l’Amérique du Nord

N’ayant jamais visité la ville de Québec, le groupe The Raveonettes est enthousiaste à l’idée de découvrir un nouveau public.
Photo: Agence France-Presse (photo) Claus Bech N’ayant jamais visité la ville de Québec, le groupe The Raveonettes est enthousiaste à l’idée de découvrir un nouveau public.

Le numéro à composer pour rejoindre Sharin Foo, des Raveonettes, commence par 45. « C’est où ça, le code régional 45 ? La Grande- Bretagne ? », me demandai-je à voix haute. « Non, ça c’est 44 », lance une collègue. Un tour sur Internet et hop, 45 c’est… le Danemark.


Le Danemark ! Tout à fait logique pour ce groupe né à Copenhague en 2001 de la rencontre de Sharin Foo et de Sune Rose Wagner. C’est donc en terre natale que Sharin décroche le combiné après quelques « tuuut » typiques des interurbains.


« Il y a déjà plus de dix ans que j’ai quitté le pays ; j’ai déménagé en 2002, lance la chanteuse, guitariste et bassiste des Raveonettes. Quand on a commencé la musique, on avait envie d’explorer un terrain plus grand. Ici, c’est un petit pays. Mais je me sens encore très connecté au Danemark, je me sens Danoise jusqu’au coeur, j’ai beaucoup de famille ici. Et j’essaie toujours de suivre ce qui se passe sur la scène musicale, qui va très bien. Ce n’était pas la moitié aussi dynamique à mon époque. Mais là, je vis à Los Angeles ; c’est là où sont mon mari, mon enfant ; ma vie est là-bas. »


Elle a le coeur bipolaire, Sharin Foo. Un peu à l’image de la musique du groupe, qui offre depuis six albums un amalgame de musique américaine sixties et d’un son noise, froid, brouillé. Comme un mélange de Roy Orbison et de cold wave, que beaucoup comparent à la musique des Velvet Underground.


« Sune a vraiment beaucoup été inspiré par la musique de Buddy Holly, de Ritchie Valens, et ce genre de truc : les sixties et ces sons, la simplicité autour de ça, et les belles mélodies. Mais je crois que les Raveonettes ont toujours combiné à ça quelque chose de très moderne, électronique. Quand on a commencé en 2002, on est en quelque sorte arrivés un peu trop tôt avec notre proposition. Ça nous a rattrapés, il y a quatre ou cinq ans ; on a eu une percée. Mais on dirait qu’on est souvent au mauvais moment par rapport à la saveur de l’époque. »


L’expérience avec l’âge


Avec plus de dix ans d’expérience derrière la cravate, les Raveonettes se sont assagis, travaillant un peu moins et un peu mieux, selon Sharin Foo. « On trouve une façon de ne pas voyager constamment comme on le faisait au début. Maintenant, on s’oublie un peu moins là-dedans, et on sait où on doit arrêter pour éviter la dépression ! C’est le danger quand tu tournes 300 jours par année. Maintenant, je trouve qu’on est vraiment un meilleur groupe. Au début, on donnait beaucoup d’importance au fait d’avoir des partys et un mode de vie rock’n’roll - et ça fait encore partie de nos vies - mais maintenant, l’essentiel pour nous, c’est de monter sur scène pour faire de bons spectacles, pour les gens et aussi pour nous. »


Ce sera une première visite dans la ville de Québec pour les Raveonettes, et Sharin nous questionne sur le Festival d’été de Québec, sur la distance à parcourir à partir de Montréal. « C’est quand même sympa de découvrir un nouveau public, de ne pas savoir comment il va réagir. »


C’est d’ailleurs ce qui semble le plus allumer Sharin : trouver la bonne liste de chansons. L’avantage d’avoir six albums en poche, c’est de pouvoir choisir dans tout ce matériel et de construire quelque chose de nouveau chaque fois.


« À chaque concert, on s’assoit ensemble pour choisir quel matériel on va jouer. Le plus dur, c’est qu’on a beaucoup bougé musicalement et que, si on écoute nos disques, ils sont très différents. Par exemple, In and Out of Control, c’est un disque super pop comparativement à Raven in the Grave, qui est plus intérieur et sombre. Ça peut être difficile de combiner ces univers-là. Il faut vraiment essayer de créer un voyage musical qui a du sens, sinon ça peut être un peu mélangeant pour les fans. C’est notre défi à chaque concert : est-ce qu’ici l’énergie est plus pop ou intérieure, atmosphérique ? C’est le challenge. »

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