Angélique Kidjo, marraine de toutes les causes

Véritable dynamite en concert, Kidjo joue cette année le rôle de marraine du Festival international Nuits d’Afrique.
Photo: Source Festival international Nuits d’Afrique Véritable dynamite en concert, Kidjo joue cette année le rôle de marraine du Festival international Nuits d’Afrique.

C’est une voix de profondeur, qui grinche, déchire, renverse, attendrit, caresse et se marie à toutes les vocalises. Mais c’est aussi la voix flamboyante d’une nouvelle Afrique qui se dresse et le porte-voix des femmes du monde. Cette année, la Kidjo revient au Festival international Nuits d’Afrique (FINA) à titre de marraine. Elle y offre aussi un concert extérieur gratuit au Parterre du Quartier des spectacles le vendredi 19 juillet. En concert, la femme flamme est une véritable dynamite.

Nous l’avons d’abord fait parler de son rôle de marraine du FINA : « Ce festival dure depuis des années et, pour moi, c’est le signe que les gens s’intéressent beaucoup à ce qui se passe en Afrique musicalement. On commence à se rendre compte que la musique africaine a nourri toutes les autres. Tout le monde doit reconnaître cette Afrique jeune qui avance, qui crée de la musique et qui vient rencontrer les Montréalais. Quand je vais en Afrique, je me rends compte que ces jeunes sont en train de créer énormément de choses différentes, mais on ne les entend pas. »

 

Le Sahara et le Mali à l’honneur

Cette année, le FINA fait la part belle aux musiques du Sahara et du Mali. La soirée consacrée à la Caravane pour la paix du Festival du désert en est un bon exemple. Que pense la marraine de la situation dans cette région du monde ? « On prend des pays en otages et la musique en otage. On lamine complètement la culture parce qu’elle rend les gens plus forts. Pour moi, la musique du Mali a toujours été une musique libre qui s’ouvre à tout le monde. »

Lors de son dernier passage à Montréal en 2011, Angélique Kidjo proposait avec Dianne Reeves et Lizz Wright le projet Sing the Truth, en hommage à la force de la chanson porteuse d’un message. Elle déclarait alors croire en toute humilité à l’influence de la chanson sur les mentalités. Depuis lors, le Guardian l’a nommée parmi les cent femmes les plus influentes au monde. Comment cela peut-il contribuer à l’avancement de son travail humanitaire ? « Les accolades, c’est bien, mais je n’ai pas la prétention de changer le monde. Moi, je suis toujours à l’écoute de ce qu’on me dit. Je vais dans un marché en Afrique, une femme me remercie de la défendre et ça me fait pleurer. »

Dans son prochain disque, elle parlera du rôle de la femme. Pour ce faire, elle a enregistré des femmes traditionnelles et de jeunes chanteuses béninoises, dont celles du trio Teriba qui ont la réputation d’accorder une place de choix aux chants a capella et aux polyphonies. « Elles vont chanter sur le disque, confirme Angélique Kidjo. J’avais écrit toutes les musiques du disque, puis je suis allée dans différents villages pour demander aux femmes de chanter dessus. Elles me regardaient l’air de dire : mais comment va-t-on faire ? Puis, elles commençaient et il fallait les arrêter. De retour à New York, j’ai poursuivi le travail, mais je n’ai pas encore mis les voix définitives. Je me rends compte que je dois ajuster la mienne aux leurs. » Des musiciens invités s’ajouteront, dont Dr John : tous des hommes pour l’instant.

En attendant, Kidjo s’amène au FINA dans la foulée de Spirit Rising, le disque en concert qu’elle a fait paraître l’an dernier et qui révèle de l’afropop rythmé, des inflexions soul et gospel, de la ballade mordante et plusieurs reprises de ses pièces phares. À Montréal, elle propose comme à son habitude un parcours dans tout son répertoire. « Si les gens demandent des pièces que nous n’avons pas répétées, je les fais souvent a capella. Je leur dis : vous la voulez, alors chantez avec moi. Et ils chantent ! »


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Le retour attendu de Karim Diouf

Avec son frère Élage, le chanteur et percussionniste québégalais a fait une partie des beaux jours des Colocs et de Fakhass Sico, avant de fonder Diouf, le groupe qui a fait paraître, il y a une décennie, le très beau disque Dund, empreint de pop métisse entre folk, reggae, rap et mbalax. Puis, ce fut plus ou moins le silence radio du côté de Karim. On le savait avec le Cirque du Soleil pour le spectacle Delirium, on remarquait ses collaborations occasionnelles avec les Ariane Moffatt et Zal Sissokho, mais on entendait davantage parler d’Élage, qui tournait avec son premier disque solo. Revoici enfin Karim au Cabaret du Mile-End le 10 juillet avec son tout nouveau disque, Adouna,qui paraît sur Audiogram et qu’il a enregistré en partie à Dakar. L’album dévoile du reggae multilingue, de la ballade très sentie et de l’afropop avec des percussions et des chœurs allumés.

Lamine Touré, chevalier de l’Ordre national du Québec

Venu de la Guinée Conakry et de la France en 1974, ce drôle de mécène aux allures de sorcier et à la parabole du sage fut nommé chevalier de l’Ordre national du Québec par la première ministre Pauline Marois le 6 juin dernier. Artiste danseur de l’envergure du Ballet national de Guinée, Lamine Touré connaît les arts de la chorégraphie, du conte, de la musique et de la comédie musicale. Avec le temps, il est devenu à la fois couturier tailleur et homme d’affaires bourlingueur, ouvrant dès 1976 le Café Créole, premier club du genre à Montréal, puis le Balattou en 1985. Homme de vision, il a toujours misé, depuis son arrivée ici, sur la force des cultures et leur développement à long terme plutôt que sur leur caractère le plus commercial. Il fut d’ailleurs peut-être le premier à produire des musiciens montréalais issus de la diaspora. En 1987, il fonde le FINA et on connaît la suite. La reconnaissance est pleinement méritée.


 

Collaborateur



Angélique Kidjo - Tumba (mp3)

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