FIJM - Vieux Farka Touré: le blues de la paix

«Le médicament de la guerre, c’est la paix», a clamé Vieux Farka. Il ne parlait pas beaucoup, mais lorsqu’il le faisait, ça comptait.
Photo: François Pesant - Le Devoir «Le médicament de la guerre, c’est la paix», a clamé Vieux Farka. Il ne parlait pas beaucoup, mais lorsqu’il le faisait, ça comptait.
Hier soir, au Club Soda, l’ombre du Nord Mali planait. Ce n’était pas complètement comme à Niafunke, sur la terre légendaire des Farka Touré, mais presque. On retrouvait alors cette si bonne musique demeurée complètement intacte en dépit des interdits fondamentalistes. 
 
Dès le début, Vieux Farka Touré entame un blues lent et ornementé avec calebasse, basse et guitare rythmique. «Ce soir, il n’y a pas de batterie, c’est acoustique. On est d’accord?», demande le chanteur guitariste à une foule qui ne demandait pas mieux. Il n’y avait pas non plus la kora et le ngoni du nouveau disque Mon Pays, mais c’était tout comme puisque le fils d’Ali Farka s’inspirait de toute la richesse de sa culture pour l’adapter à la guitare… électrique. 
 
Les quatre musiciens avaient l’air noble avec leur boubou et on percevait dans leurs sonorités une sorte de sérénité, même lorsque la cadence s’accentuait. «Le médicament de la guerre, c’est la paix», clamait Vieux Farka. Il ne parlait pas beaucoup, mais lorsqu’il le faisait, ça comptait. Le joueur de calebasse Souleymane Kane était assis par terre, se livrant à des sautillements incessants sans que ça devienne envahissant. Le guitariste Aly Magassa lançait des riffs parfois un peu «lousses», mais toujours obsédants quand même, pendant que la bassiste Mamadou Sidibe assurait plus discrètement. Dans la foule, ce n’était pas la danse frénétique, mais plutôt le doux balancement. Les artistes plongeaient parfois dans la ballade ou le folk plus intime. On y allait de son numéro de danse, on répondait avec soul aux appels musicaux de Vieux.
 
Puis le concert a gagné en intensité: la calebasse s’est mise à résonner plus fort, la plainte de ce blues est devenue plus puissante et le guitariste lead avait de plus en plus des allures de guitar heroe, triturant les rythmiques de son instrument, jouant les accords aériens, lançant de courts phrasés, pénétrant les graves, devenant plus tournoyant, rock, percussif et donnant même à son blues des solos psychédéliques.
 
Il invite alors à la danse, les lumières s’allument et tout le monde se lève sur la musique déchaînée. Puis, le rappel. À La fin, c’est devenu comme une messe gospel, alors que les spectateurs faisaient les choeurs et les clappements. Vieux Farka Touré a apprécié. Assurément, il reviendra.
 
 
Collaborateur

À voir en vidéo