Festival d'été de Québec - Born Ruffians: solitude, création et évolution

Le groupe rock torontois Born Ruffians, qui a été révélé en 2008 grâce à son premier disque Red Yellow Blue, a fait paraître en avril un troisième album intitulé Birthmarks.
Photo: Festival d'été de Québec Le groupe rock torontois Born Ruffians, qui a été révélé en 2008 grâce à son premier disque Red Yellow Blue, a fait paraître en avril un troisième album intitulé Birthmarks.

À vos macarons clignotants, le Festival d’été de Québec commence ce jeudi soir et fera grouiller la haute et la basse-ville pendant les 11prochains jours. Le Devoir est sur place et vous proposera chaque jour des entrevues et des critiques, et pas qu’à propos des concerts sur les Plaines. À suivre dans ces pages et sur LeDevoir.com.


Ça bouillonne dans la tête de Luke Lalonde. Au bout du fil, le chanteur du groupe rock canadien Born Ruffians a l’air d’un gars ardent, cherchant les bons mots pour exprimer les bonnes idées. Ouvert et secret à la fois, il est dans le moment présent tout comme dans le futur, et a tout l’air d’un gars qui veut donner le meilleur de lui et qui rage quand il n’y arrive pas.


Le groupe torontois, révélé en 2008 grâce à son premier disque Red Yellow Blue, a fait paraître en avril un troisième album, Birthmarks, où le trio garde des racines rock acides à la Unicorns, à la Clap Your Hands Say Yeah ou à la Malajube vieille époque, mais avec des arêtes adoucies et des sonorités qui tendent vers celles de Fleet Foxes.


« Quand tu fais paraître un disque, les chansons ont déjà vécu. Mais évidemment, on est encore beaucoup dans Birthmarks, on n’a même pas exploré la moitié du disque en live encore ! », lance l’Ontarien, qui aime bien jouer les succès du groupe sur scène.


Pour ce nouvel album, Lalonde, Mitch Derosiers et Steven Hamelin (aidés du guitariste Andrew Lloyd) ont délaissé les locaux de répétitions pour s’isoler dans la même maison, comme à leurs débuts. Ils y ont retrouvé une certaine magie, une cohésion développée depuis leurs années à l’école secondaire. Est-ce que la création doit se faire en retrait du brouhaha ? « Je crois qu’il y a quelque chose avec la solitude, dit Lalonde après quelques instants de silence. Écrire des paroles est un geste très privé, personnel. Et je crois que, comme groupe, le plus important était d’être ensemble, pas nécessairement en isolement total, mais juste de pouvoir jouer quand on le voulait, d’enregistrer librement, sans avoir à prendre rendez-vous. »


Ce sentiment d’isolement, Lalonde et le groupe l’ont aussi ressenti à plus grande échelle. Par exemple, Born Ruffians a changé d’étiquette de disque après un deuxième album moins bien reçu. « Il y a eu un temps où on a senti qu’on était vraiment dans un entre-deux et… je ne sais pas, peut-être qu’on a été déconnectés de notre public. Mais ce genre de distance a été bon pour nous, ça nous a permis d’essayer de nouvelles choses. »


La pièce So Slow, par exemple, a une ampleur quasi coldplayesque, tandis que Golden Promises et quelques autres titres utilisent des sonorités électroniques. Lalonde dit épouser les technologies, mais ne veut pas de pistes toutes faites, jouées par ordinateur. « J’aime jouer avec des échantillonneurs, mais disons qu’essentiellement on reste un groupe de rock guitare-basse-batterie. Le but est d’embrasser la technologie, mais pas aveuglément, explique Lalonde, qui possède la même guitare depuis 16 ans. C’est important de voir ce qui se fait autour et de rester pertinent dans l’époque. »

 

Du nouveau


Luke Lalonde profite déjà de ses jours libres pour reprendre le crayon et la guitare afin de composer du nouveau matériel. « Je veux juste travailler sur des démos et essayer de faire tourner la roue, de rester créatif. Mon but est de faire paraître un nouveau disque l’année prochaine, mais on va voir comment ça se déroule. »


Le processus semble avancer rondement, et Lalonde a déjà quelque chose derrière la tête. « J’aimerais essayer d’écrire autour d’un thème, confie-t-il. Ça serait intéressant de partir avec une idée déjà choisie, d’avoir un titre et même un graphisme, tiens. En tout cas, ce qui est super, c’est qu’avec tout ce qui est créatif, le potentiel est infini. Ça peut être intimidant, épeurant et aussi super stimulant. Dans ma tête, je me dis toujours que ça va être le meilleur album au monde. On va voir ça en avançant ! »

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Lalonde en français?

Le chanteur des Born Ruffians, Luke Lalonde, a un nom francophone mais est né à Midland, à deux heures de route au nord de Toronto. Malgré un séjour d’un an à Montréal, il ne parle qu’un tout petit peu français. « Quand tu sors à Montréal et que tu parles français avec un accent, les gens vont changer pour l’anglais pour t’aider. Alors, c’est dur d’apprendre ! »

Par contre, la langue maternelle de son père est le français. « Il a grandi dans une maison catholique française, juste en dehors de Midland. Il ne parlait pas anglais avant d’entrer à l’école primaire, ce qui est quand même assez spécial en Ontario, je trouve. Là, son français est rouillé un peu, mais tous mes oncles de ce côté de ma famille parlent français. Ce nom Lalonde vient du Québec ; c’est une des premières familles qui est arrivée de France. Ma tante avait fait l’arbre généalogique de la famille, il faudrait que je retrouve ça ! »

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