FIJM - L’héritage pluriel de Lionel Loueke

Lionel Loueke
Photo: FIJM Lionel Loueke

Lionel Loueke est un maître de guitare sous plusieurs de ses formes. Il chante aussi tout gentiment et sait explorer les complexités harmoniques. L’an dernier, il a lancé Heritage, son disque le plus électrique, par lequel il transmet ses multiples influences, de son Bénin natal au jazz, en passant par les autres pays du continent noir jusqu’aux rythmes de l’Europe de l’Est. Il s’amène à Montréal avec le bassiste Derrick Hodge et le batteur Mark Guiliana pour offrir ce vendredi le répertoire du disque à L’Astral.


D’entrée de jeu, Loueke parle de sa conception de l’héritage : « On a tendance à voir l’héritage comme simplement ce qui vient des ancêtres ; mais pour moi, ce sont toutes les influences que j’ai reçues et comment j’en fait ma sauce. Le seul fait de parler français avec mon accent béninois en témoigne. » Bien avant de jouer de la guitare, il a commencé par le chant et la percussion : « À l’école, c’est comme ça qu’on s’amusait. Pendant que d’autres jeunes au nord allaient glisser sur des toboggans, nous, on passait de maison en maison avec nos casseroles pour essayer de gagner quelques pièces. Ce fut un super apprentissage. »


À 17 ans, il aborde la guitare, se lance sur les pistes congolaises de Franco et de Tabu Ley Rochereau. Il reprend aussi les grands Nigérians, comme Fela Kuti et King Sunny Ade. Il joue en groupe dans les bals, ajoute les classiques de la chanson française, italienne, puis étudiera la musique en Côte d’Ivoire, à Paris et aux États-Unis. Il développera sa personnalité à lui, partagé qu’il est entre le folk acoustique africain plus intime et le jazz qu’il crée avec le groupe Gilfema et plusieurs autres musiciens.


Il en rajoute : « Il y a aussi l’Europe, parce que ma musique est en partie basée sur des rythmes composés. Plusieurs pensent que les Africains sont les champions de ces rythmes. On est les champions des rythmes, mais pas forcément des rythmes composés. Ceux-là, je les ai découverts en Europe de l’Est. » De fait, ces inspirations font partie d’une palette de création encore plus riche comprenant la musique sud-africaine, ses percussions vocales et le clic xhosa. « Ça m’a toujours étonné de voir comment on peut parler une langue rien qu’avec des sons. Ici, je l’utilise en tant qu’approche rythmique », dit-il.


Quelque part, le Brésil est également enfoui dans la créativité de Lionel Loueke. « Au début, le Bénin fut à la fois français et portugais. Ainsi, à Ouidah, la ville de ma mère, on a gardé des traditions portugaises et moi, j’ai grandi dans un milieu où on jouait pas mal de musique brésilienne. On chantait en portugais sans forcément comprendre les paroles. C’est comme à Cuba où les gens chantent souvent en yoruba sans forcément comprendre. »


C’est le sens des allers- retours de l’héritage, pluriel, multiple, décomposé, recomposé : voilà le thème central du disque de Loueke. Plusieurs titres s’y réfèrent : entre la danse tribale, l’espoir et la liberté, le mouvement de l’histoire part de Ouidah et de Gorée, anciennes portes de non-retour d’où partaient les esclaves pour l’autre monde. Mais la traversée finira par se faire dans les deux directions, et la pièce African Ship le rappelle. « Dans celle-là, c’est le retour des esclaves en Afrique. Ils ont gardé en eux les souvenirs, les noms de famille, les cultures. Ils sont entrés en Afrique avec cela », relate le guitariste-compositeur.


Musicalement, le disque Heritage débute avec la guitare percussive et le chant africain sur un folk sautillant. Puis on se plonge dans une atmosphère de jazz fusion qui rappellera celle de Zawinul, avant d’aller vers un world jazz atmosphérique, de redevenir plus funky, de retomber dans une ballade impressionniste, de verser dans un flot joyeux, puis de terminer la trajectoire en douceur. En toile de fond : la guitare électrique ou à cordes d’acier, et ce son plus groovy qu’auparavant.


 

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