FIJM - Benoît Charest fête les 10 ans des Triplettes

Le musicien Benoît Charest dans son studio de l’avenue du Mont-Royal
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le musicien Benoît Charest dans son studio de l’avenue du Mont-Royal

C’est pour un documentaire de Louise Leroux, portant sur les talons hauts, que le compositeur Benoît Charest a d’abord composé les mesures de musique qui allaient devenir la mélodie principale du célèbre film d’animation Les triplettes de Belleville, de Sylvain Chomet. Si la réalisatrice avait quant à elle jugé cet air trop sarcastique à son goût, Sylvain Chomet, qui cherchait une musique pour animer ses triplettes, est tout de suite tombé sous le charme.


« Il l’a écouté et m’a dit : “C’est le thème des Triplettes” », se souvient Benoît Charest. On sait que la musique des Triplettes a été en nomination aux Oscar et a gagné un César pour la meilleure musique de film. Et à l’occasion du dixième anniversaire des Triplettes, Benoît Charest produira cette musique sur scène avec sept autres musiciens, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal, puis en tournée. Comme au bon vieux temps du cinéma muet, le film sera projeté sur un écran à l’arrière des musiciens qui joueront live, au théâtre Jean-Duceppe. Un défi pour les musiciens puisque la musique doit suivre le film pratiquement à la seconde près.


« À l’époque du cinéma muet, le film arrivait avec des partitions pour le pianiste », dit Benoît Charest, dans son studio de l’avenue du Mont-Royal à Montréal. Deux autres pièces de la trame sonore des Triplettes de Belleville avaient été composées par Charest avant l’assemblage du film : celle accompagnant la scène du cabaret et celle accompagnant la scène où les soeurs sont sous le pont.


La mélodie principale, quant à elle, n’avait à l’origine pas intégré la touche manouche à la Django Reinhardt, qui colle bien avec l’histoire du film, puisque le célèbre guitariste manouche y figure, en compagnie d’ailleurs de Charles Trenet, de Joséphine Baker et de Fred Astaire…


« C’était plutôt années 1930 », raconte Charest au sujet de sa mélodie initiale. L’animation du film Les triplettes… a demandé ensuite deux ans de travail, et la collaboration d’une cinquantaine d’artistes. L’oeuvre a presque entièrement été dessinée à l’ancienne, à la main, sans effet d’ordinateur.

 

Conte de fées


La trajectoire du film Les triplettes de Belleville et de sa trame sonore relève du conte de fées. Le genre d’histoire qui ne se reproduit pas deux fois, reconnaît Charest.


Si quelques portes se sont ouvertes à Hollywood pour lui après cette nomination aux Oscar, aucun projet ne s’est réalisé aux États-Unis. Mais de son studio de Montréal, Benoît Charest a continué d’enregistrer des musiques de film, dont celle de Mars et Avril, de Martin Villeneuve, qui lui a valu une nomination aux prix Écrans canadiens et aux prix Jutra 2013 pour la meilleure musique originale de film. Cette musique a d’ailleurs été enregistrée sur vinyle…


Pour Benoît Charest comme pour de nombreux autres musiciens de jazz, la composition de musique de film est une avenue professionnelle intéressante, alors que la simple composition de musique confine souvent à une certaine pauvreté. Aussi, la musique de film, comme le jazz, demande beaucoup d’écoute, de disponibilité. Beaucoup de polyvalence aussi.


« Avec une famille, j’étais tanné de rentrer à quatre heures du matin avec 30 $ dans les poches », se souvient Charest, qui a souvent joué au bar L’Air du temps lorsqu’il était dans la vingtaine. Il joue encore, pourtant, entre autres pour le plaisir de monter sur scène, avec ses comparses, Dan Thouin à l’orgue et John Fraboni à la batterie. On peut par exemple les voir à l’occasion au Dièse Onze, rue Saint-Denis. Et le trio travaille à la création d’un disque.

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