FIJM - Thomas Enhco: il fait comment, exactement?

Formé en classique et en jazz, le Français Thomas Enhco entremêle ces deux pôles stylistiques.
Photo: François Pesant - Le Devoir Formé en classique et en jazz, le Français Thomas Enhco entremêle ces deux pôles stylistiques.
Bon, il a quoi, 24 ans? Et il joue comme ça, déjà? Si vite, si précisément, si bien? Ce n'est pas inédit — on pense à l'Arménien Tigran Hamasyan, autre surdoué du piano —, mais quand même: ça frappe l'imaginaire, ce concentré de talent. 
 
Surdoué, le Français Thomas Enhco l'est assurément. Ce n'est pas très audacieux de l'écrire, il y en a qui l'ont compris quand il était encore enfant. À neuf ans, il était invité à jouer dans un concert du grand violoniste Didier Lockwood — le fait que Lockwood était le conjoint de la mère d'Enhco n'a pas dû nuire, mais ça demeure solide. 
 
Premier album à 14 ans, tournées internationales à l'adolescence, 3e prix au Concours international de piano jazz Martial Solal en 2010, Django d'Or «Nouveau talent» la même année, 130 concerts dans 14 pays en 2011, écriture de trames sonores, révélation de l'année aux Victoires du jazz 2013, Enhco cartonne.
 
Pour sa deuxième présence à Montréal (après 2011), Enhco se produisait mardi soir à la Cinquième salle de la Place des Arts en solo et en trio — Chris Jennins à la contrebasse, Nicolas Charlier à la batterie, comme sur l'album Fireflies. L'occasion pour nous de faire connaissance avec un pianiste qui annonce de grandes choses, s'il poursuit sa progression. 
 
Formé en classique et en jazz, Thomas Enhco entremêle ces deux pôles stylistiques. Parfois les références classiques sont directes (il a livré mardi une version «un peu tordue» de l'Arabesque de Schumann), mais le plus souvent on les devine dans la structure, les harmonies, la mélodie. 
 
Le jeune musicien (aussi violoniste) s'est montré lyrique dans ses interprétations et improvisations, mais surtout très actif sur le clavier. Chez Enhco, les notes abondent — un peu trop à notre sens, mais la démarche se défend. Cela permet de mesurer l'incroyable fluidité et l'agilité du pianiste, doté d'une main droite un peu étonnante: en cyclisme, on la suspecterait de dopage, celle-là. 
 
On note encore la belle cohésion du trio, la profondeur générale de la proposition, le sens mélodique du musicien. Tout n'est pas parfait ni singulier, mais le potentiel est là, immense. Et déjà bien exploité. 
 
Kurt Rosenwinkel

Un trois-quarts de salle pour le guitariste américain Kurt Rosenwinkel au théâtre Jean-Duceppe, et autant de gens qui auront assisté à un spectacle de haute tenue plus tard dans la soirée. Entouré d'un nouveau quartet — qui comprend l'excellent Aaron Parks au piano, Kendrick Scott à la batterie et Ugonna Okegwo à la contrebasse —, Rosenwinkel a décliné avec maestria les compositions de son dernier album, un double intitulé Star Of Jupiter. 
 
Tempos relevés (pendant les 60 minutes vues, en tout cas), rythmique appuyée, solos précis constitués de longues phrases, finesse de l'ensemble, netteté sonore — Rosenwinkel ne noie pas sa guitare dans les pédales, et fait un usage intelligent du procédé vocal lui permettant de doubler ce qu'il joue à la guitare —, c'est à la fois simple et complexe, riche et stimulant. On parlait de potentiel en devenir pour Thomas Enhco: en ce qui concerne Rosenwinkel (plébiscité par la crème des musiciens jazz depuis plus d'une décennie), c'est pleinement déployé.

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