FIJM - Peppe Voltarelli, le troubadour de Calabre

Le Calabrais Peppe Voltarelli arrive à Montréal avec son blues méditerranéen, au Savoy du Métropolis mercredi et jeudi.
Photo: Giada Ripa Le Calabrais Peppe Voltarelli arrive à Montréal avec son blues méditerranéen, au Savoy du Métropolis mercredi et jeudi.

Il vient de Calabre, en porte la langue et quelques couleurs musicales. Auteur-compositeur à la voix rauque, Peppe Voltarelli chante le monde des paysans, ironise sur l’hypocrisie et la corruption, avec cette façon bien italienne de faire les choses. Il peut se faire théâtral, lyrique, dramatique, mais avec aussi des effets rigolos, d’autant qu’il se donne parfois des airs forains avec sa guitare et son accordéon. Au Savoy du Métropolis mercredi et jeudi, il propose en solo une partie du répertoire de ses deux disques, de même que des pièces traditionnelles de sa région natale et une sélection d’autres chansons engagées.


Comment Peppe Voltarelli voit-il la Calabre à travers ses musiques ? Il nous répond par courriel en s’excusant de son « strange english ». Les réponses en valent tout de même la peine : « La Calabre, c’est un point de vue, c’est la terre de ma famille, c’est mon échappée, un lieu entouré de la mer qui est très proche de l’Allemagne et du Canada, un superbe endroit pour exercer ton imagination, créer des histoires et des chansons à propos de la mer et des voyages d’aventure. Parfois, ça peut devenir une sorte d’espoir. »


Le cantoautori se réclame autant de Pier Paolo Pasolini que de la chanteuse Giovanna Marini ou de Domenico Modugno, le créateur de la chanson Volare. Mais, à ses dires, ses chansons sont également empreintes de l’âme des Gogol Bordello, Billy Bragg, Manu Chao ou Shane MacGowan. Dans les années 1980, il a commencé avec le punk, en a conservé le langage direct, l’ironie et la rage contre l’injustice. Il travaille présentement à l’écriture de son troisième album. Il cherche des mélodies simples et aussi claires que ses mots. Il décrit sa musique comme du blues méditerranéen. « Je pense que le blues méditerranéen est une sérénade, un étrange mélange de raï, de tarentelle, de manouche, de flamenco et de musique rébétique. C’est un esprit qui unit tellement de gens de tellement de cultures différentes. C’est la voix des gens qui habitent la grande mer. »


Il chante aussi ceux qui partent, ces émigrants, leurs rêves, mais aussi les peurs de ceux qui les accueillent. « Je pense que la communauté à l’extérieur de l’Italie comporte un grand héritage. Elle révèle, non pas seulement de la nostalgie, mais aussi son lot d’histoires, d’enseignements et de leçons de vie. J’aime chanter la diaspora actuelle, ces jeunes Italiens qui quittent à la recherche de travail et de justice, parce que l’Italie n’est pas une méritocratie. »


Sur Ultima notte a mala strana, le disque qu’il a fait paraître ici en 2010 sur le label de Marco Calliari, Voltarelli interprète Il paese die ciucci, une pièce qui se réfère à cette réalité italienne : « C’est un village imaginaire où les gens qui n’ont aucun talent peuvent gouverner », décrit-il. Mais, au-delà des textes, se cachent les influences musicales : « En ce qui concerne la guitare, j’aime beaucoup Marc Ribot et je m’inspire aussi d’une guitare calabraise nommée chittarra battente. La façon originale des musiciens locaux de la jouer est très intéressante. Quant à l’accordéon, j’étudie la manière des Roms et leur esprit très spécial par rapport à l’instrument. »


Le disque Ultima notte a mala strana révèle parfois des sautillements sur de petits éclats de guitare et de la slide qui coule sur des raclements de mandoline. Le battement du flamenco n’est pas loin, mais le Peppe s’en démarque. Il lorgne aussi le swing manouche, mais en se rapprochant du jazz. À des lignes qui rappellent Brassens, il ajoute des onomatopées insouciantes et il colore Les anarchistes de Ferré d’accents forains. En l’entendant chanter les petites gens à l’accordéon, on pense à Amsterdam de Brel. Un titre porte même sur son coup de coeur pour Montréal avec la voix de son amico Marco. Voilà qui est de bon augure pour un vrai piacere.


 

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