FIJM – L'amplitude de Gregory Porter

Ex-joueur de football universitaire, Porter (jeune quadragénaire) use de son gabarit format géant pour imposer une présence très physique — tant sur scène que dans son chant.
Photo: François Pesant Le Devoir Ex-joueur de football universitaire, Porter (jeune quadragénaire) use de son gabarit format géant pour imposer une présence très physique — tant sur scène que dans son chant.

En 2011, le New York Times rapportait que les prestations hebdomadaires gratuites de Gregory Porter dans un club local ne faisaient pas salle comble, et suggérait que c'était là une absurdité. De fait. Un an plus tard, Porter jouait à guichets fermés toute une semaine à Londres. L'affaire était lancée. Et Montréal vient d'embarquer.

Un premier passage à L'Astral en 2012 a visiblement suffi pour que Gregory Porter se fasse une légion de fans dans la métropole. Lundi soir, le Club Soda était ainsi archiplein pour son deuxième passage. Vu l'allure de la soirée, on peut gager quelques huards qu'il remplirait aisément un Métropolis la prochaine fois. Un tabac? Dans le genre.

Les médias spécialisés parlent de Porter comme du meilleur espoir du jazz vocal masculin — il est à peu près le seul pendant masculin d'une cohorte féminine autrement nombreuse, active et talentueuse. Deux albums («Water» en 2010, et «Be Good» en 2012 — un troisième, «Liquid Spirit», sortira cet automne sur étiquette Blue Note) ont suffi à faire connaître son nom, mais c'est réellement sur scène que l'on apprécie Porter à son plein potentiel.

Ex-joueur de football universitaire, Porter (jeune quadragénaire) use de son gabarit format géant pour imposer une présence très physique — tant sur scène que dans son chant. Avec le public, la communication est instantanée. Vêtu d'une casquette qu'il ne semble jamais quitter et d'un veston blanc, Porter s'est montré lundi chaleureux et drôle, un entertainer qui sait doser la prestation.

Mais il y a beaucoup plus que la dégaine qui fait le buzz Porter: c'est le chant qui porte. Et quel chant! Il revendique fièrement une filiation avec le grand des grands, Nat King Cole, mais il est aussi et beaucoup Marvin Gaye à ce stade de sa carrière.

C'est à dire très soul, mais aussi tout à fait jazz (reprise relevée de «Black Nile» de Wayne Shorter), funky, R&B, et peut-être gospel par-dessus tout. Gregory Porter semble toujours à l'aise, même dans des ballades où il expose une sensibilité qu'on imagine plus facilement présentable en musique qu'au football…

Aptitudes stylistiques, donc, auxquelles s'ajoutent de réelles qualités d'écriture (il écrit la majorité de ce qu'il chante) et une technique vocale développée (sans qu'il ne possède nécessairement la plus grande subtilité et élasticité vocale). Sans surprise — vu sa carrure, Gregory Porter a du coffre, et sa voix de baryton en profite.

Nul besoin toutefois de chercher trop loin pour comprendre pourquoi le courant passait lundi soir: Gregory Porter sait allumer un public, le mettre dans un «participating mood», comme il dit. Il faisait chaud, il faisait soul et gospel et jazz, la musique était bonne, le quartet de musiciens assurait avec aplomb, et c'était ça.

The Bad Plus

Autre salle comble et public de fans, cette fois en fin de soirée pour le trio The Bad Plus (au Gésù). Pour sa cinquième présence en tête d'affiche depuis 2004, le groupe du Minnesota présentait sa nouvelle signature, celle imprimée par les récents albums «Never Stop» et «Made Possible»: que des compositions originales (du moins, pour les quelque 65 minutes vues et entendues).

Remisées, donc, les reprises jazzifiées et vitaminées de succès pop-rock de tous genres, Pink Floyd, Nirvana, Abba, Bee Gees et autres Flaming Lips. Ce faisant, The Bad Plus initie un chapitre de son existence qui donne à penser que le groupe composé de Ethan Iverson (piano), Reid Anderson (contrebasse) et David King (batterie) a beaucoup plus de profondeur et de subtilité que ses débuts un peu tapageurs pouvaient laisser paraître.

Du travail présenté lundi, on retient une grande richesse rythmique (polyrythmique, en fait) et un souci mélodique constant. Chaque composition de The Bad Plus garde l'auditeur sur une sorte de qui-vive: pas moyen de deviner la destination finale avant d'y être arrivé. Le voyage comprend nombre de ruptures de rythme et de relance, le climat change et évolue, on apprécie la cohésion de l'ensemble et son dynamisme: The Bad Plus prennent du mieux.

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