FIJM - Titi Robin, le fabricant d’atmosphères

À cheval entre l’Inde, le Maroc et la Turquie, la musique de Titi Robin puise à la source des cultures méditerranéennes et orientales pour créer un vocabulaire nouveau.
Photo: Louis Vincent À cheval entre l’Inde, le Maroc et la Turquie, la musique de Titi Robin puise à la source des cultures méditerranéennes et orientales pour créer un vocabulaire nouveau.

Entre les muses du passé et son imaginaire personnel, Titi Robin est un magnifique fabricant d’atmosphères, quelque part sur les routes des Roms, du Rajasthan à l’Espagne, mais en passant par les deux rives de la Grande Bleue. Il joue de l’oud, mais surtout de la guitare et du bouzouq. En 2011, il a lancé Les rives, un triptyque en hommage à l’Inde, au Maroc et à la Turquie. Mais ce mardi, il s’arrête à l’Astral avec son trio qui peut interpréter l’ensemble d’un répertoire qu’il tisse depuis plus de trois décennies.

« La formule du trio me convient bien, et je joue avec celui-ci depuis plus de dix ans », fait valoir Titi Robin. Composé du percussionniste Ze Luis Nascimento, qui vient de Bahia, et de l’accordéoniste Francis Varis, qui a navigué dans le jazz parisien, le trio a créé un vocabulaire très singulier qui n’est ni brésilien ni vraiment jazz, mais aux délicates emportées, sans frontière apparente. « On n’est pas des accompagnateurs, mais trois solistes avec de fortes personnalités. On improvise beaucoup et on peut prendre des risques en fonction du public, de l’endroit, de notre humeur et de ce qu’on a mangé dans la journée », dit en riant Titi Robin.


Puis il y a Les Rives, son ambitieux projet, qu’on ne pourra malheureusement goûter que sur disque cette fois-ci et qu’il rend en scène en sextet avec un autre groupe composé de musiciens des trois pays mis en évidence : l’Inde, le Maroc et la Turquie. Titi Robin a d’abord enregistré un disque dans chacun de ces pays avec des musiciens nationaux sur des étiquettes locales pour les publics locaux. Puis les trois albums furent regroupés par la maison Naïve en France pour une distribution internationale, d’où la création du sextet.


Le choix de ces trois pays était symbolique pour l’artiste qui est depuis toujours grandement influencé par les cultures méditerranéennes et orientales : « Le Maroc est à l’ouest de la Méditerranée et partie prenante de la culture arabo-andalouse qui a irrigué le sud de l’Europe. La Turquie est à l’est de la mer avec sa rive européenne et sa rive asiatique. C’est aussi le sud des Balkans. Quant à l’Inde du Nord, c’est la source de plusieurs influences musicales, poétiques et philosophiques ».


Ce rapport entre les trois passionne l’artiste depuis toujours : « Dans la poésie qui est chantée dans le flamenco, il y a des métaphores poétiques qui sont très proches de celles que l’on trouve dans le qawwali au Pakistan. Les gitans ne sont pas des soufis, mais ils ont des coutumes qui sont proches de ça. On sent qu’il y a un tronc commun. Et, comme maintenant, on oppose beaucoup le Nord et le Sud ou l’Est et l’Ouest, on a perdu la conscience de ce passé commun. »


Pour le fabricant d’atmosphères, il ne saurait être question de fusion, mais de réunion des anciennes connexions pour créer un vocabulaire nouveau. En trio comme en sextet.


 

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