Plein la tête avec Moran et Waller

Le pianiste Jason Moran
Photo: François Pesant - Le Devoir Le pianiste Jason Moran
Le «Fats Waller Dance Party» présenté samedi soir par le pianiste Jason Moran a été tout ce que Moran — et les échos des médias américains — nous avait dit qu'il serait: une célébration pleine de mouvement et de plaisir de la musique du géant Waller, une soirée dansante stimulée par des grooves efficaces, un truc complètement décontracté, brillant dans sa formule, résolument moderne (et urbain). Grosse musique, gros plaisir.

Sur scène, à part les Montréalais dansants, Moran était entouré d'un bassiste (parfois doublé par Ndegeocello), d'un batteur, de deux chanteuses et d'un trompettiste. À eux six, ils ont revisité le répertoire de Fats Waller sans jamais le faire vraiment: on a reconnu ici et là des bribes de chansons (Honeysuckle Rose et The Joint is Jumpin', notamment), quelques lignes de piano, mais l'idée était visiblement de s'inspirer de Waller pour créer quelque chose de tout à fait nouveau, éclaté, bien loin du stride des années 30.

Alors ce fut très funky, hip-hop, parfois rap, beats gras, afrobeat à tendance transe, house, un joyeux mélange musical toujours cohérent. Moran alternait entre le piano à queue (sur lequel il a poussé une très solide version de Handful of Keys en solo) et le Rhodes, souvent debout, la tête perdue dans son magnifique et volumineux masque de papier mâché à l'effigie du héros de la soirée: chapeau melon, cigarette au bec, large sourire, Fats Waller semblait bel et bien présent et content de l'affaire. Vibrant.

Redman orchestral

Le ton était très différent en début de soirée à la Maison symphonique, mais ce fut là aussi un spectacle de grande qualité. Joshua Redman présentait son dernier album, «Walking Shadows», accompagné d'un quartet (Aaron Goldberg, Reuben Rogers et Gregory Hutchinson) et d'un orchestre à cordes d'un peu plus d'une quinzaine de musiciens. Grande élégance vestimentaire (costards pour le quartet) en reflet d'une grande élégance sonore et artistique.

C'est la première fois que Joshua Redman se consacre entièrement à un répertoire de ballades. Il indiquait au Devoir la semaine dernière à quel point cet exercice n'était pas facile pour lui. «Chaque note, chaque inflexion, chaque élément du phrasé est important, disait-il. Comme saxophoniste, ça implique un contrôle relevé de l’instrument : le son, sa puissance, sa flexibilité.»

Or, Redman a fait preuve samedi d'une extraordinaire maîtrise de son instrument. Son d'une immense pureté, puissant quand il le faut, retenu ou fragile ailleurs, assuré dans les graves, léger dans les aigus, pas une note de trop, une démonstration en 17 points (tout l'album et quelques autres pièces) de l'importance de ce saxophoniste dans le jazz contemporain.

Cela dit, si son expérience avec orchestre est intéressante — l'ensemble de la présentation de samedi fut impeccable —, la facture de sa proposition reste classique et somme toute assez prudente. Parfois un peu trop lyrique, mais généralement de bon ton. Mais Redman n'est jamais aussi pertinent qu'en improvisateur, et le contexte orchestral ne lui donne pas tout l'espace pour ça. Jolie parenthèse, néanmoins.

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