Ouverture du Festival de jazz - Feist, sous un ciel un peu trop vaste

Feist
Photo: François Pesant - Le Devoir Feist

Ce n'était ni l'énergie de la chanteuse, ni sa voix, ni ses chansons qui clochaient légèrement vendredi soir: c'était simplement le lieu. Un peu trop vaste malgré une foule nombreuse, un peu trop ouvert pour la pop indie atmosphérique de Feist. Le concert inaugural du 34e Festival international de jazz de Montréal fut ainsi en demi-teinte. Tiède comme la nuit.

On a demandé à droite, à gauche aussi, autour du coin média et en sortant du site. L'unanimité pour dire qu'il a manqué quelque chose à la soirée offerte par Feist. Une salle, en fait: on l'aurait aimé au Métropolis, voire au Centre Bell. Un endroit fermé pour mieux goûter des chansons aériennes. Vendredi soir, sous un ciel somme toute clément, Feist ne semblait pas avoir l'amplitude nécessaire pour dominer la Place des Festivals, compactée jusqu'à la Sainte-Catherine.

Loin des arrangements étoffés de son dernier album (Metals), la chanteuse et guitariste canadienne avait opté pour une formule trio, avec batteur et claviériste. Pour certaines chansons, c'était suffisant: «A Commotion» a bien lancé la soirée, «My Moon My Man» et «How Come You Never Go There» en avaient sous la pédale. Bonne assise rythme, riffs de guitare tranchants, on pensait le train parti. Il n'a toutefois jamais complètement pris son élan.

Feist a par la suite aligné les versions douces d'une multitude de très belles chansons, mais qui restaient en périphérie de la foule. La version acoustique de «So Sorry» fut belle (l'occasion de bien goûter la voix remarquable de la chanteuse — son grain, surtout), mais «Graveyard» manquait clairement d'ampleur. Même chose pour «Undiscovered First» et «Anti-Pioneer».

En fait, on révise les notes et la liste des chansons jouées (une quinzaine des albums «Metals» et «The Reminder», et trois de «Let It Die») pour conclure que le problème n'était pas dans la qualité de l'interprétation — Feist a été remarquable d'énergie et de présence — ou des arrangements individuels. C'est plutôt la construction de la soirée, la succession de moments un brin trop tranquilles pour un «grand événement» qui a refroidi la réception.

Feist a quelque peu relevé le tempo en fin de parcours, notamment avec «Past in Present» et «I Feel It All». Mais elle est revenue au rappel avec une version très intime (et sentie) d'une chanson toute douce. Comme si elle hésitait à embarquer complètement dans le jeu d'une soirée comme celles de la Place des Festivals. Comme si elle voulait nous rappeler qu'elle n'a pas de concession «grand public» à faire — elle n'a pas joué son plus grand succès, «1234». C'est tout à son honneur artistique, mais ce n'était pas nécessairement le choix le plus judicieux vendredi.

Wynton Marsalis


En début de soirée, le trompettiste Wynton Marsalis se produisait avec son Jazz at Lincoln Orchestra à la Maison symphonique. Lieu parfait dans ce cas: magnifique acoustique pour cette formation d'une quinzaine de musiciens. Avec Marsalis aux commandes, l'affaire est menée rondement. La mécanique du big band est parfaitement huilée et synchronisée, ce qui n'empêche pas une exécution sentie et bien ancrée dans le moment présent.

On connaît le penchant de Marsalis pour la riche tradition du jazz: il n'a pas manqué à sa réputation vendredi en pigeant dans le répertoire de Thelonious Monk (notamment «Light Blue») et de Duke Ellington (le huitième mouvement d'une suite dont on a raté le nom, mais magnifique de richesse), en plus de Chick Corea ou Joe Henderson.

D'un morceau l'autre, la formule varie peu. Succession de solos et segments collectifs, pleine utilisation de toutes les possibilités (rythmique, harmonique, mélodique) qu'offre un big band, jeu relativement en retrait de Marsalis (qui a passé les 75 minutes vues principalement sur une chaise de la dernière rangée de cuivres), finale commune, remerciements et présentation de la pièce suivante. C'est fait dans les plus nobles règles de l'art, avec la plus grande classe. Un peu trop institutionnel? Peut-être.

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