Festival international de jazz de Montréal - Chucho Valdés, à la croisée des chemins

Le nouvel album de Chucho Valdés, Border-Free, porte bien son nom : « La liberté sans frontières pour unir plusieurs genres différents », résume le célèbre pianiste.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Guay Le nouvel album de Chucho Valdés, Border-Free, porte bien son nom : « La liberté sans frontières pour unir plusieurs genres différents », résume le célèbre pianiste.

Fils du regretté Bebo Valdés et fondateur du mythique Irakere, Chucho le précurseur s’est imprégné de tout, de la musique afro-cubaine au jazz, de la musique classique aux sonos populaires de son île natale et bien au-delà. À la veille d’une reformation fort probable d’Irakere, le re-voici à Montréal ce vendredi avec ses Afro-Cuban Messengers, avec qui il vient de créer Border-Free, un disque qui marque la fin d’une période qui dure depuis 1973, soit l’année de la fondation d’Irakere.

« C’est donc aussi le début d’une nouvelle période, tant en ce qui concerne la composition qu’en ce qui concerne la fusion d’éléments que je n’avais jamais utilisés, lance-il avec ce ton affable qui lui est caractéristique. Irakere était un projet plus afro-cubain, avec des éléments de jazz. J’intègre maintenant jusqu’à de la musique gnawa et, dans le prochain disque, je vais explorer d’autres régions de l’Afrique. »


Pour l’instant, Border-Free porte bien son nom : « la liberté sans frontières pour unir plusieurs genres différents », résume le célèbre pianiste. Ainsi, dès le début, il se plonge dans des notes graves et spirituelles avant de lancer un groove latin jazz très cubain. Il joue rythmique et mélodique à la fois, relançant la cadence cubaine en la décortiquant et offrant un solo à la rapidité vertigineuse. Plus tard, il se fera intime et rempli de tendresse pour sa grand-mère Caridad Amaro, avant d’offrir tout en douceur et même parfois sur le ton de la contemplation des passages d’un prélude de Bach en ré mineur, de même que des extraits de Blue in Green de Miles que sa mère aime tant.


Dans Bebo, il reprend une formule de latin jazz à l’ancienne avec une finale plus jazz : « J’ai voulu rendre hommage à l’époque de mon père, mais à ma manière. À la fin, je mélange son style de piano et le mien », résume Chucho. Pour se rapprocher de Bebo, il s’est installé à Malaga en 2010. La révolution de 1959 avait séparé les deux hommes pendant 18ans. Puis en 2000, le film Calle 54 les avait réunis avant qu’ils entreprennent des concerts à deux pianos dans toute l’Europe. En 2009, ils avaient lancé ensemble le disque Juntos Para Siempre - Together Forever.


Le disque Border-Free propose donc à la fois un retour aux sources de la famille et une ouverture à d’autres mondes, y compris au flamenco, que Chucho a fréquenté avec Buika et Diego el Cigala. Mais la pièce la plus étonnante demeure cet Afro-Comanche qui élargit la question de l’identité cubaine en ouvrant à la sensibilité autochtone. Chucho raconte : « Sept cents Comanches ont vécu dans la partie orientale de Cuba et ils se sont mélangés avec des Africains qui étaient là. On aurait aimé faire la pièce avec la flûte des Comanches, mais c’est difficile de les faire venir ici. On a donc retenu certains éléments et on a appelé ça Afro- Comanche à cause de la mescla avec la musique afro. » À la fin de la pièce, les chants yorubas convergent avec les mélopées.


Pendant ce temps, qu’en est-il de la réunion de l’Irakere original avec Paquito d’Rivera et Arturo Sandoval ? Dans un article publié le 5 mai dernier, Chucho affirmait à Libération que des contacts avaient lieu en ce sens. En entrevue au Devoir le 27 mai, il en rajoute : « Les possibilités sont grandes pour qu’une grande tournée ait lieu », dit-il. Les trois complices n’ont pas rejoué ensemble depuis 1980. Pour ce faire, il faudrait remplacer le trompettiste Jorge Varona et le joueur de congas Jorge « El Niño » Alfonso, qui sont décédés depuis.


En attendant, Chucho arrive avec ses Afro-Cuban Messengers et leurs deux jeunes virtuoses : le batteur Rodney Barreto Illarza et le contrebassiste Angel Gastón Joya Perellada. Señor Valdés ne change pas souvent de musiciens, mais lorsqu’il le fait, ça compte. Avec le temps, il a créé une véritable école.


 

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