Concert classique - Les éléments s’imbriquent

Montréal baroque s’estconclu dans une ambiance festive et bon enfant, lundi soir. Le festival, animé pour la dernière fois par Susie Napper, sa créatrice, a fini, aux antipodes de la soirée inaugurale, par une intégration heureuse et esthétiquement cohérente de tous les éléments et de toutes les disciplines.


C’est avec Élémens, ballet de Jean-Féry Rebel (1738) interprété par Les Boréades, que Susie Napper avait lancé Montréal baroque en 2003. C’est de la même manière qu’elle mettait, lundi, un point final à son mandat de directrice artistique. Marie-Nathalie Lacoursière, à la tête d’un groupe de danseuses, y a fait preuve avec fluidité, tact et imagination de son expertise stylistique, la prestation étant judicieusement enrichie par l’adjonction d’artistes du cirque, jonglant avec des torches, et d’une équilibriste. Ces prestations relayaient adéquatement, en évocations spectaculaires et poétiques, les sujets mis en musique par Rebel.


Les compositions réunies en première partie du concert illustraient sur un plan strictement musical les éléments - air, eau, terre, feu - en puisant dans le répertoire français de la même époque. Le but était aussi de mettre successivement en valeur les membres des Boréades. Mention toute particulière à Grégoire Jeay, à la flûte traversière, dans une Cascade de Saint-Cloud d’une douce, sereine et longue coulée. Le choix de La LaBorde de Forqueray pour documenter l’art pareillement inspiré et raffiné de Mélisande Corriveau était hélas regrettable, la longueur de ce solo de viole coupant le flux général. Cette première section aurait gagné à être enrichie de deux ou trois ensembles comparables à Les sauvages de Rameau ou la Chaconne du Semele de Marais.


Parmi les 13 musiciens dirigés par Eric Milnes, il convient enfin de rendre un très grand coup de chapeau au violoniste Olivier Brault, qui oeuvrait également en tant que Konzertmeister de Caprice le soir de l’ouverture. Brault est un véritable meneur et en impose également par sa qualité instrumentale. Son leadership, son engagement s’exercent… à Cleveland, au sein de l’orchestre baroque Apollo’s Fire ! Tant mieux pour lui, tant pis pour nous…