Concerts classiques - Vivaldi hâbleur

Le Motezuma de Vivaldi doté de sympathiques projections revivait dans le cadre du festival Montréal baroque.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le Motezuma de Vivaldi doté de sympathiques projections revivait dans le cadre du festival Montréal baroque.

On connaissait depuis longtemps l’existence d’un opéra de la maturité de Vivaldi, Motezuma, composé en 1733 à l’âge de 55 ans. Il en restait le livret complet, mais pas la musique. Cet opéra sur la conquête du Mexique par Hernán Cortés alimentait tous les fantasmes : paysages exotiques, batailles, sacrifices, tours en feu…

En 2002, à la bibliothèque d’État de Berlin, un chercheur a trouvé une copie de la partition. Incomplète, celle-ci comprend le IIe acte en entier, quatre des airs du Ier et du IIIe acte et quelques fragments. La narration repose sur des récitatifs, secs ou accompagnés. Les airs, comme de coutume à l’époque, dépeignent les états d’âme des protagonistes, soient l’Empereur du Mexique Montezuma, sa femme, sa fille et son général des armées, face aux Espagnols Hernán Cortés (Fernando) et son frère (Ramiro).


Entre 2002 et 2005, le musicologue Alessandro Ciccolini a réalisé une reconstitution musicale érudite et efficace, mêlant des emprunts à d’autres ouvrages vivaldiens et des passages recomposés dans le style de Vivaldi. Ce n’est pas ce Motezuma-là (Vivaldi a enlevé le « n » au personnage historique) avec lequel Matthias Maute inaugurait vendredi Montréal baroque 2013, festival qu’il dirigera à compter de l’an prochain.


Maute n’a rien gardé du travail de Ciccolini, et a composé lui-même tout le matériau manquant « à la manière de… » et y est allé d’une méthode nettement plus intrusive : la suppression de tous les récitatifs, au profit d’une narration par un double contemporain de Montezuma.


Là est le pari ; là est aussi l’objet de la discussion et de l’irritation. Susie Napper, dans son mot de bienvenue, a demandé au public d’« accepter la langue » de ce Montezuma-là… Désolé : la réponse est « non ! » Et pour cause : non seulement il éructe, mais il le fait en anglais… On sait en effet que le projet a vu le jour grâce à une résidence en création offerte notamment par le Conseil des arts de Montréal. Des subsides publics pour un projet unilingue anglais au Québec ? Inacceptable, fin de semaine de Fête nationale ou pas !


Nous ne sommes évidemment pas tombés de la dernière pluie : avec une narration en langue anglaise, Maute compte pouvoir écouler son produit sur le marché nord-américain. Nous n’avons pas à financer ce choix-là.


Outre la question du style, voir ce Montezuma, tribun populiste arrogant et laborieusement spirituel au langage télévisuel, côtoyer sur scène un Montezuma chanteur, voulu humain et sympathique par le librettiste Giusti, est fondamentalement inepte. Qui plus est, la suppression des récitatifs et dialogues prive les protagonistes de toute interaction et existence théâtrale. Le narcissisme cruel de Fernando n’est absolument pas tangible dans l’abrasion de Maute et les questions philosophiques du livret, notamment sur le degré d’intervention des conquérants sur les us et coutumes des peuples conquis, sont évidemment évacuées.


Transformé en défilé de 22 airs (dont 11 de Vivaldi), un trio et deux choeurs, ce Motezuma est moyennement intéressant. Dans cette version en deux parties - le IIe acte s’enchaîne au Ier sans pause et se voit coupé au milieu -, la plus belle surprise est le judicieux mimétisme des compositions de Maute. Le mélomane lambda s’y laisse prendre. L’ouverture, pastiche du Gloria, est à s’y méprendre et la lieto fine (fin joyeuse, invraisemblable mais rassurante pour la censure de l’époque) est meilleure que celle de Ciccolini, de même que la musique de bataille du IIe acte.


Parmi les chanteurs, une déception : Marion Newman en Mitrena, épouse de Montezuma qui n’a rien des graves du rôle, ni dans les musiques de Vivaldi ni dans celles de Maute (son premier air). La mordante Suzanne Rigden a un timbre trop dur pour cette musique, mais les trois pensionnaires de l’Atelier de l’Opéra de Montréal (Valiquette, Richer et Char) sont tous prometteurs, surtout la mezzo Emma Char.


Quant au spectacle, les projections furent sympathiques sans plus, l’Ensemble Caprice, gonflé pour l’occasion, nettement meilleur qu’Arion, dont Maute a engagé les meilleurs éléments, et l’ancien majestueux siège de la CIBC, très réverbérant, nécessite des adaptations acoustiques pour devenir le siège de Montréal baroque.


 
2 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 25 juin 2013 12 h 49

    Oui mais

    Comment se fait-il qu'on ait pas songé à installer des draperies pour atténuer l'effet de réverbération intense dans cette salle, très belle, mais qui était destiné à une autre fonction ?

  • Christophe Huss - Abonné 25 juin 2013 17 h 28

    acoustique

    Exact, des draperies auraient aidé. Il n'en reste pas moins toujours délicat de prévoir l'acoustique "salle pleine" à partir d'une salle vide (même et surtout à la Maison symphonique). Là dessus je donne le crédit aux organisateurs d'avoir pensé ou, surtout, espéré que la présence du public absorberait davantage de son.
    Cela dit de simples paramètres physiques (liés au volume et à la "montée" du son) pouvaient laisser très logiquement penser qu'il y aurait besoin de tentures épaisses (à défaut d'une coquille derrière le plateau).
    Tel quel, cet endroit n'est pas un point de chute adapté pour la musique. Mais il est en cours de transformation...