Le mot, la danse et l’extase

Entre la parole incisive et la danse enflammée, les Francos se sont ouvertes au hip-hop multiple et aux nouvelles traditions de la cité. En voici quelques parcelles.

Le moment de l’extase dans le chaos : Emel Mathlouthi a donné l’écho de la puissance primitive, de la tragédienne qui plane, de la chanteuse tourneuse insoumise au registre imposant. Un sacré talent qui surplombe les frontières tout en étant profondément de Tunisie.


Le moment du guitariste à deux temps : Bombino. Ce fut d’abord le folk acoustique à la voix haut perchée, la guitare dans la polyrythmie et les intros lousses, puis le blues électrique, plus carré et plus transe. Dans les deux se révèle la plainte du désert qui vibre dans le phrasé à peu de mots.


Le moment de l’urgence de bouger : Fermin Muguruza. « Faites du bruit, c’est pour les prisonniers politiques ! », criait-il avec ses airs de col bleu qui s’éclate. Il possède encore et toujours l’art du party punky reggae avec ses élans de ska ultrarapide et ses airs basques en guise de drapeau.


Le moment de la dédicace à Côte-des-Neiges : Vox Sambou. Sur des grooves de reggae roots, de rasin et de jazz, avec des inflexions mandingues et afrobeat, il chante et rappe l’identité plurielle d’Haïti, de l’Afrique au quartier des mille et une nations. Le personnage est généreux.


Le moment du hip-hop de la famille élargie : Awadi. Le son est lourd et le rap, intense comme sa révolution dans la crise. Le mot est probant, le flow, parfois traînant, et le refrain, très accrocheur. Il est de rap et d’Afrique nouvelle, mais aussi de mémoire, de rage et de reggae roots. Il est maintenant chez lui à Montréal.


Le moment de danser pour évacuer : Lynda Thalie sur la grande place avec sa pop métissée très grand public. La « femme-soleil » de Yann Perreau a fait la fête de l’europop, mais aussi du baladi ondulant, du slam nomade, du Bollywood, de la turlutte et plus encore.


Le moment de l’humanité doucement contagieuse : Sébastien Lacombe. Il offrait les nouveaux territoires qu’il s’est créés depuis Dakar. La base est folk et l’habillage, un peu plus pop. Mais le plus beau demeure cette tendresse consciente dans la rencontre avec les tambours, la kora et le balafon.


Le moment de la chanson ouverte : Mysk. L’énergie du chanteur-guitariste Joey Mallat rappelle celle d’Enrico Macias, mais en plus jeune. Sympathiquement engagé, il surfe sur des chansons aux syncopes et sautillements accessibles, vaguement afrobeat ou reggae latino. Il réinvente aussi le Belzébuth des Colocs en très planétaire. Dédé doit être au 7e ciel.


Le moment de rappeler : la beauté patriotique du Vent du Nord, les trésors cajuns de Steve Riley, le merengue radieux de Joaquin Diaz, l’Afrique 2.0 de Pierre Kwenders, le nouveau Montréal latino d’Agua Negra et la voix de Malika Tirolien, qui, plus qu’une choriste, fut une véritable révélation.


 

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