FrancoFolies – Irritants petits et grands (et quelques joies là-dedans)

Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir

Drôle de jeudi soir pas concluant aux Francos, je dois bien l’avouer. Grosse fatigue, peut-être. Mèche courte, de toute évidence. Au Club Soda, en première partie de Peter Peter, l’électro-pop très début années 1980 du groupe français La Femme m’a énervé tout de suite. Réaction cutanée à cette haie d’honneur de claviers. Synthés, synthés, synthés, misère, misère, misère, mon idée de l’enfer. Éruption de comédons quand ils se sont mis à danser comme dans un clip de Plastic Bertrand (ou une scène de Pied de poule, c’est comme vous voulez). Quand c’était pas si mal, le côté surf rappelait les B-52’s, des vocalises de la chanteuse Clémence Quélennec renvoyaient avantageusement aux Rita Mitsouko première mouture. Quand c’était moche, et c’était souvent moche, on échouait dans le néo-vide. L’immersion dans la culture de la vacuité, le pire d’une époque, sur le rythme obsédant des imitations d’orgue Farfisa.

Peter Peter, après un gros 52 minutes ainsi martelé, n’a rien arrangé. Mauvais mauvais, Peter Peter: toute petite voix, trop massifs arrangements pop pour ses souliers, gros penchant pour les éclairages empêchant de voir son visage d’idole en devenir (c’est une stratégie), j’en avais assez après Beauté baroque, la sixième chanson au programme. D’autant que dehors, sur une scène pas trop lointaine (angle Clark et de Montigny), les très chouettes Hay Babies devaient s’amuser ferme, et en toute simplicité. Un clin d’œil a suffi entre mon amie Do et moi, on était sortis.

Et le fait est que la joie irradiait le bel espace vert plein de gens de bonne volonté devant lesquels nos baroudeuses du Nouveau-Brunswick se produisaient. Il restait le dernier tiers, à peine, mais on le savourait, hein Do? Julie Aubé, Katrine Noël et Vivianne Roy ne se faisaient pas toujours aisément comprendre, traduisaient tant bien que mal leur chiac (bien plus prononcé que le chiac de Lisa LeBlanc), mais ça faisait partie du plaisir. «On est-tu weird?», a demandé l’une d’elles. Dépareillées, en tous cas. Trois réjouissantes jeunes femmes très différentes dont les harmonies, parfois, rappellent celles des McGarrigle: quelque chose d’agréablement vieillot dans les timbres. On comprend pourquoi elles ont remporté les Francouvertes: bonne humeur, chansons sans faux-fuyant et cohésion des voix, c’était à nouveau irrésistible. Leur Bonnie And Clyde était craquante, leur Fil de téléphone un vrai road-movie, leur Horse On Fire splendide exemple de folk nord-américain bien senti.

Des Suisses, une fille de Rosaireville et Mike from Halifax

On a rallié le Métropolis à temps pour revoir Mama Rosin, en première partie de Lisa LeBlanc. C’était de la tambouille de marécage aussi ragoûtante que la veille au Pub Rickard’s, avec la foule du Métropolis en plus. Vraiment étonnants, absolument efficaces, ces trois Suisses, avec leur version de Run Through The Jungle de CCR, ainsi qu’un Laisse le bon temps rouler donné en Bo Diddley Beat. On les reverra, assurément. Drôle d’idée de déposer guitare et accordéon diatonique sur le plancher de la scène à la fin: mon amie Do a cru dix fois qu’un piétinement était inévitable.

Et Lisa LeBlanc s’est amenée, et l’accueil était triomphal, c’était son premier Métropolis et elle l’embrassait tout entier. Décor des lumières de la ville, avec les lettres L-I-S-A en néon, clignotant comme E-L-V-I-S à Vegas, c’était sa grande occasion, et d’emblée, dès Motel, toute une sororité de choristes est venue grossir le refrain, Hay Babies, notre Isabelle Dowd (chanteuse ET réviseure au Devoir), Adèle Trottier-Rivard, d’autres encore. Ça chantait pour chanter, et Lisa a enchaîné vite fait, chœur toujours en place, avec J’suis pas un cowboy. C’était parti pour le party.

On est restés plus tard qu’on pensait, Lignes d’Hydro était trop poignante, Chanson d’une rouspéteuse trop rentre-dedans, mais le premier invité de la digne fille de Rosaireville nous a achevés: d’où donc sortait-elle ce Mike from Halifax, qui a monopolisé le micro (en anglais de Halifax) et mâchouillé deux chansons… de trop? Lisa avait eu un «coup de foudre musical»: à elle les invités qu’elle voulait. C’était oublier le côté trash-garage tellement assumé de la jeune femme: parfois, ça donne ça. Sûr que ça a levé aussitôt après pour ne pas redescendre. Mais bon, grosse fatigue, ça ressemblait à s’y méprendre à un signal de départ. On se reprendra, Lisa.

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