H’Sao : le chant des indignés

Le groupe H’Sao chante l’exclusion, l’immigration, la jeunesse oubliée, la population humiliée et la révolution à créer pour accéder à l’indépendance.
Photo: FrancoFolies de Montréal Le groupe H’Sao chante l’exclusion, l’immigration, la jeunesse oubliée, la population humiliée et la révolution à créer pour accéder à l’indépendance.

Lorsque les membres du groupe H’Sao chantent, on croit parfois entendre la puissance des grands groupes vocaux sud-africains, mais ils ont de la matière et Oria, le disque qu’ils ont fait paraître en février dernier, est leur plus engagé. Depuis leur arrivée à Montréal en 2001, ils se sont aussi appliqués à marier les rythmes traditionnels de leur Tchad natal à différentes formes de musique urbaine. Ce samedi soir, H’Sao donne un concert extérieur gratuit à l’angle des rues Clark et De Montigny.

Dès le début d’Oria, on se plonge dans les jeux vocaux, les mélanges de timbres et l’éclat des harmonies vocales, comme dans un gospel laïque pour le moins inspirant. Puis, on fait monter la soul et des accents de rock assez hard percent la musique. On finira par lâcher le morceau en français : « […] C’est au nom de l’intérêt général que nous sommes surveillés, suspectés, amendés, endettés, enfermés, enregistrés, licenciés, rapatriés, recensés, catégorisés… ». Oria veut dire «en avez-vous marre ?».


« Dans les albums précédents, on dénonçait beaucoup plus de choses qui se passaient en Afrique, mais depuis quelques années, on se rend compte qu’un peu partout dans le monde, c’est à peu près les mêmes problèmes, sauf qu’il y a des histoires qui sont plus voilées que d’autres. Dans Oria, on pose la question des injustices et des dictatures de partout, qu’elles soient en Afrique ou en Amérique », explique Izra L Rimtobaye, pianiste, compositeur, chanteur et danseur du groupe.


On chante donc l’exclusion, l’immigration, la jeunesse oubliée, la population humiliée et la révolution à créer pour accéder à l’indépendance. « On s’attaque aussi à des religions, poursuit Izra L. On essaie de faire comprendre que, surtout en Afrique, les religions musulmane et chrétienne sont venues de l’extérieur. On se les approprie, puis on se fait la guerre. »


En général, les rythmes du Tchad sont présents dans chaque pièce, mais aucune n’est complètement traditionnelle. On chante en français, en anglais et en arabe, de même qu’en sara et en kabalaye, deux langues tchadiennes qui se ressemblent autant que l’anglais et le mandarin, selon Izra L. On les mélange allègrement sur des sonos métissées de reggae, de funk, de soul, de jazz et de rock. Au Tchad, la musique de H’Sao était plus vocale.


Izra L explique pourquoi : « Au Tchad, il n’y a pas de magasins de musique. Vu qu’on n’avait pas d’instruments, on tapait sur des tables et on mimait les percussions par la bouche. Ce qu’on avait de naturel, c’était la voix. Pour les instruments, il fallait aller dans un centre culturel, soit français soit tchadien. Tu vas là, tu empruntes ça quelques heures par semaine. C’est comme ça qu’on pratiquait. Arrivés ici, on s’est approprié les instruments. »


Puis ils ont fait trois disques et le tour du monde. Ils en reviennent indignés, mais pleins de vitalité.


 

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