Daphné chante Barbara

« C’est vraiment un moment particulier de ma vie où je suis au service de cette dame », dit Daphné de Barbara.
Photo: FrancoFolies de Montréal « C’est vraiment un moment particulier de ma vie où je suis au service de cette dame », dit Daphné de Barbara.

Chanter Barbara ? Pas un peu folle ? Il y a bien Marie-Paule Belle qui s’y colle, et qui s’y colle de près, à ses risques et périls, mais Daphné ? Diaphane Daphné ? La délicatesse même, Daphné, chanteuse française de qualité supérieure, l’art d’effleurer en personne. Ses albums L’émeraude (2005), Carmin (2007), le très pur Bleu Venise (2011), autant d’exemples d’évanescence contrôlée. Barbara ? Vraiment ? Barbara tout un disque durant, treize chansons ? Plus insoutenable encore, tout un spectacle consacré au parfait corpus Barbara, encore plus de chansons ?

Inconsciente, madame Daphné au bout du fil ? Petit rire. « J’ai l’impression qu’il faut un petit peu d’inconscience dans beaucoup de choses. Déjà, faire un disque tout court, avec ses propres chansons… Quand j’y repense. Pour mon premier, je me disais : voilà, je vais trouver des producteurs. J’y croyais fort fort ! Il y a toujours un mélange comme ça, d’instinct et d’envie de bien faire. Et je pense que, pour reprendre Barbara, il faut aussi de la simplicité, prendre la vie quand même avec légèreté. »


Ce n’était pas, au départ, son idée, faut-il préciser. Une proposition du collègue Thierry Lecamp d’Europe 1, sorte de Monique Giroux, foisonnant de concepts pas possibles. Daphné a simplement dit oui. « Je n’y avais pas du tout pensé avant, précise-t-elle, transparente. Je ne connaissais pas beaucoup Barbara, à part Dis, quand reviendras-tu ?, L’aigle noir… Mais elle m’intriguait, elle. Barbara m’a toujours fascinée. » Alors hop ! Elle a plongé. « En sachant fort bien que des gens allaient râler, mais tant pis. Je me suis donné une règle de base : un certain dépouillement dans les arrangements. Je ne voulais pas du tout que ce soit grandiloquent. Convoquer une armada d’orchestrations, je n’avais pas envie de ça. J’avais envie de rester au plus près de la mélodie, du texte, et d’être dans une forme de simplicité qui, j’espérais, toucherait les gens. »

 

Ménager un accès à l’émotion


Avec le réalisateur David Hadjadj, elle a privilégié une approche du bout des doigts. « Barbara utilise beaucoup l’accordéon. C’était trop lourd pour moi, on n’en a pas mis du tout. Il y a le piano, évidemment, mais on a pris des instruments qui me ressemblent : le célesta, la harpe, l’orgue de verre. Des sons aériens. » Et elle a chanté Ma plus belle histoire d’amour, La solitude, Du bout des lèvres, sans rien forcer, comme ça lui venait, à très grande proximité de Barbara parfois, pas toujours. « Y a un proverbe que j’aime beaucoup : “Un oiseau ne peut pas chanter dans un buisson de questions.“ Le propos peut être profond, mais l’interprétation d’une chanson ne doit pas l’appesantir. Il faut ménager un accès à l’émotion, au rêve, à la douceur, un petit moment de suspens. Même avec les chansons de Barbara. »


Lesquelles choisir, lesquelles choisir, quand il s’agit de ces chansons-là, quand Barbara les a toutes marquées à jamais ? « Ça n’a pas été facile. J’en ai des connues, des moins connues, et d’autres pas du tout. La petite cantate, Göttingen [en duo avec Jean-Louis Aubert sur le disque], La dame brune [avec Dominique A],mais aussi Gueule de nuit et Parce que je t’aime. Pourquoi celles-là ? Tout simplement parce que ça passe par mes cordes vocales, mon ventre, mon air ; il fallait que ça me parle, quoi. »


Le spectacle, qu’elle promène depuis un an en Europe et qui nous arrive, intact, vendredi et samedi au Gesù, constitue la grande récompense de l’aventure pour Daphné. Ces gens contents qui la remercient de leur faire découvrir d’autres chansons de Barbara, voire tout Barbara. De jeunes gens ravis, des fans finis de Barbara aussi. « On est là pour faire circuler les choses. À Montréal, ce sera le 11e et le 12e concert. Il y en aura un 13e ailleurs, et c’est tout. Je tiens à préciser qu’il n’y aura que du Barbara. On a ajouté des chansons, par rapport au disque. Je n’ai pas voulu mélanger les miennes aux siennes, ça n’a rien à voir. C’est vraiment un moment particulier de ma vie où je suis au service de cette dame. Mais après, ajoute-t-elle comme une promesse nécessaire, je vais repartir avec mon prochain album… »

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