FrancoFolies - Tout ça le même soir

Sept spectacles  pour ma première soirée de vadrouille, c’est pas mal pour un récent convalescent, me disais-je. Ce n’est pourtant jamais que le tiers de l’offre, je le constate en dépliant le dépliant: il y a vraiment de quoi faire à ces 25es Francos. 
 
Ça commençait particulièrement tôt ce mercredi, qui plus est. Dès 16h30, une file s’allongeait, s’allongeait, serpentin humain qui finissait par atteindre la rue. Mazette! Le showcase de Simone Records attirait du monde, forcément: Louis-Jean Cormier, puis Forêt, pour rien. Le même Louis-Jean qui sera vendredi dans un Métropolis bondé, le même duo composé d’Émilie Laforest et Joseph Marchand qui sera en programme double avec Albin de la Simone à L’Astral ce jeudi: ça, c’est de l’avant-goût de qualité, m’sieurs-dames.
 
Évidemment, ça débordait: le Pub Rickard’s a été pris d’assaut. Généreux (est-il jamais autrement que généreux?), Louis-Jean s’est présenté en premier, avec ses complices du gros spectacle, Adèle Trottier-Rivard et les autres. «On va se la jouer garden party… autour d’un micro… sous le soleil!» C’était le bivouac acoustique du show, adapté: La cassette, Les transistors, L’ascenseur (où tout le monde a fort joliment chanté «Dis-moi… où c’est qu’on descend…»), Le monstre, et une chanson de Félix pour finir. Non, pas Le tour de l’île: Nous partirons. Ça valait, à mon sens, tout l’hommage à Leclerc de l’ouverture des Francos. «Nous partirons dans l’horizon…» Grand moment.
 
Néo-yéyé, bayou rock et chanson de garage

Forêt suivait: je laisse ça au collègue Papineau, qui sera au doublé avec Albin. J’étais, moi, un peu triste: mon amie Do qui m’accompagne dans les shows avait manqué Louis-Jean de peu, trop injuste. Mademoiselle Nineteen, la chanteuse belge, nous a réconciliés avec la légèreté des choses: un peu de néo-yéyé ne peut pas faire de mal. Il n’y avait pas foule place des Festivals, mais on s’y amusait bien. Ses chansons à elle sont déjà bath et extra (Quelle importance, Juillet brillait, Le chagrin et l’amour), mais ses reprises ravissaient: du France Gall (Laisse tomber les filles), du Françoise Hardy (Le temps de l’amour), du Bardot (L’appareil à sous, merveille de Gainsbourg), la cultisssime 7 heures du matin de Jacqueline Taïeb, et l’imparable Ces bottes sont faites pour marcher (version Eileen), tout pour ne pas se prendre la tête un mercredi entre 18h et 18h50. 
 
Retour au Pub pour le groupe Mama Rosin. Incroyable chose que ces Suisses plongés dans les bayous et dans une autre époque, on aurait pu être dans un festival pop à Atlanta en 1970, entre le Grateful Dead et Canned Heat. Ça groovait ferme, J’pratique le boogie-woogie, Down From The South, du vrai de vrai bon temps qui roulait (à base de guitare, de banjo, et d’accordéon diatonique). Lisa LeBlanc, qui regardait ça en se dandinant, a dû trouver qu’on avait fait le bon choix en engageant Mama Rosin pour ouvrir son party à elle, ce jeudi à 21h au Métropolis. Dans notre coin, un mal embouché gratiné au gratin a gâché le plaisir de mon amie, c’était con: il y a toujours des saboteurs-de-bonheur dans les spectacles extérieurs, dirait-on. 
 
À Dany Placard, scène Ste-Catherine-Jeanne-Mance, ça savait mieux vivre. Ce diable de barbu se prenait un peu beaucoup pour Neil Young, piochant sur une note dans son premier solo comme si la note allait finir par crier «chute!». En transe, l’homme de Laterrière (au Saguenay) jouait sans retenue ni concession, c’en était beau à voir. Ça désaccorde une guitare, aussi. «Ça sera pas long, s’est-il excusé, j’accorde la planche de bois…» Chantal Archambault l’a rejoint, les Hay Babies aussi (au vif plaisir de mon amie et de moi-même). «Ça file comme être à Woodstock», a dit la grande des Babies. Les filles sur place, Dany était nettement moins tourné sur lui-même, tout joyeux de faire l’accompagnateur. «On a quatre filles avec nous autres, ça va ben en tabarnac…» Irrépressibles, les Hay Babies, qu’elles chantent l’une des leurs ou une chanson de Placard. Leur show extérieur de ce jeudi, à 20h, angle de Montigny et Clark, sera pétant de santé.
 
Suite en solo

Do travaillant tôt jeudi, j’ai continué de vadrouiller seul. C’est à Zachary Richard que revenait la place de choix de la soirée, à 21h place des Festivals. Une fois réglé l’habituel duplex avec Pénélope McQuade, c’était parti. Laisse le bon temps souffler. Une chanson pour danser qui parle de l’ouragan Katrina, c’est bien l’esprit cajun, c’est bien la dualité de l’homme à la chemise turquoise. Vite fait, un two-steps a suivi, la foule s’est densifiée, Zack avait mis son mojo à contribution, ça n’allait plus arrêter. Fauve et Biolay m’attendaient au Métropolis, je me suis esquivé entre des tas de gens qui bougeaient beaucoup. 
 
Un brin intellos dans leurs clips (pour ne pas dire un chouia prétentieux), les rappeurs-cinéastes français très en vogue de Fauve étaient bigrement plus impressionnants sur scène. On n’entendait rien de ce qu’ils racontaient (ce qui n’était pas un tort), mais la décharge électrique traversait les corps jusqu’au fin fond du Métropolis. Accompagnement très rock, film sans fin défilant dans leur dos ET sur eux, ça se contemplait autant que ça déménageait. Étonnant.
 
Benjamin Biolay, lui, était dans un bon soir, visiblement ravi d’être là. Entre électro-pop et chanson, il mêlait en toute aisance nouveautés et belles de son vaste répertoire. J’aurai attrapé au vol Chère inconnue, La superbe (franchement superbe, y a pas d’autre mot), avant de concéder que j’arrivais au bout de ma corde et de mon parcours. Vous me raconterez le reste. Il est deux heures du matin, ce texte est terminé, et je vais me coucher.

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