Le fleuve nous a coulé dans le dos

Qu'il était beau lundi soir le Métropolis, jeune, vibrant, inclusif, bondé, sur le party. Les FrancoFolies avaient confié la place à Bernard Adamus, qui l'a reviré à l'envers avec ses chansons et celles de ses invités, Lisa LeBlanc, Fred Fortin et Avec pas d'casque.
 
Prêchant à des convertis, Adamus a quand même mis la gomme malgré un passage à Tadoussac d'où il est revenu un peu abîmé, selon ce qu'il a confié. Pas qu'on en soit étonné. Mais le grand bonhomme a tenu le fort avec aplomb, livrant plus d'une vingtaine de titres avec fougue.
 
Et pour reprendre les mots d'une de ses chansons, le fleuve a coulé dans le dos de bien des amateurs d'Adamus, et même du nôtre tout en haut du balcon. Le guitariste a d'ailleurs commencé la soirée avec Y fait chaud, et après trois chansons il y avait déjà des gens, loin au parterre, qui surfaient sur la foule. Ç'a sauté, sué, dansé, crié «rue Ontarioooo», levé les bras au fil des chansons de ses deux disques. Diligence, Alcoologie, La question à 100 piasses, Ouais ben version «Klezmer rock» et on en passe.
 
Et puis les invités là-dedans n'étaient pas anodins. LeBlanc, Fortin, Avec pas d'casque, c'est parmi ce qui se fait de mieux, et on se sentait gâtés pourris de les voir rassemblés. La foule, très 25-35 ans, avait devant elle ses grands noms à elle, ses piliers.
 
Bon, les deux titres d'Avec pas d'casque (La journée qui s'en vient est flambant neuve et Les nouveaux paysages), chantés avec Adamus, n'étaient pas vraiment à la hauteur, brouillons et vocalement un peu en dehors de la «track». Mais tout de suite après, Fred Fortin a amené un côté très électrique à la formation d'Adamus, basée sur des cuivres — et faisant penser aux Colocs. Sur Vénus, le choc du stoner et de la fanfare était étonnant et vraiment puissant, laissant un peu ébaubi le public tout de même heureux. Lisa LeBlanc, quant à elle, s'est amusée avec Aujourd'hui ma vie c'est d'la marde, avant de revenir faire Brun au rappel avec Adamus.
 
C'était au fond quelque chose comme une grand'messe du folk-rock, gospel inclus. Et la communion est arrivée presque à la fin, avec Le scotch goûte le vent, un rare moment de calme dans cette soirée endiablée. Les briquets se sont même allumés. Ne manquaient que les cierges.
 
Un succès pour Kouna
 
En première partie, il y aura eu de la magie dans l'air comme il y en a rarement avec des artistes venus «réchauffer la salle». Le chanteur Keith Kouna et son groupe a littéralement mis dans sa poche le public dans cette salle qui peut être implacable.

Encore beaucoup moins connu qu'Adamus, Kouna a tout de même des liens musicaux, ou du moins un certain esprit libre en commun avec la tête d'affiche. Lundi soir, Kouna, un ancien du groupe Les Goules, a même fait chanter la foule à deux reprises, dont sur la risquée ballade Labrador. Sa voix nasillarde peut brusquer les néophytes, mais Kouna a des pièces aussi accrocheuses qu'audacieuses, et du charisme pour deux. Il en a fait la preuve brillamment. Chapeau bas.

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