Concerts classiques - Éclatant Beethoven

Fastueuse fin de semaine au Domaine Forget pour le début du festival de sa 35e saison : des salles pleines, l’inauguration d’une nouvelle résidence pour étudiants et la présence, samedi, de la première ministre du Québec, Mme Pauline Marois.


Sur le plan musical, le marathon entrepris par Marc-André Hamelin et Les Violons du Roy sous la direction de Bernard Labadie a été l’événement attendu. Présenter les cinq concertos de Beethoven en moins de 24 heures, il ne s’agit pas seulement de pouvoir le faire. Le défi était de le faire aussi brillamment.


La Salle Françoys-Bernier est un endroit idéal. Ici, contrairement à la Maison symphonique, l’équilibre entre un Steinway et un orchestre d’une trentaine de musiciens est plus aisé. Non seulement la balance entre piano et orchestre fut parfaite, mais, à l’intérieur de la masse orchestrale, le poids des vents équilibrait idéalement le poids des cordes. Avec une timbale idéalement placée, et frappée par des baguettes sèches, cette fusion sonore a valu aux auditeurs des moments d’un impact très rare, comme la montée vers la cadence du 1er volet du 1er Concerto.


Le tandem Labadie-Hamelin


Pour atteindre ce niveau, il faut le perfectionnisme de Bernard Labadie, dont le sens de la découpe des phrases et des arêtes vives a, une fois de plus, fait merveille. À cela s’ajoute l’entente entre Labadie et Hamelin. Ils forment une vraie équipe et, lorsque tous les astres s’alignent, au-delà des notes et au-delà de l’interprétation, ils s’amusent sur scène. Cette complicité ludique baigne les mouvements conclusifs. Mais elle assure tout autant, aux antipodes, des moments où le temps semble suspendu. Les secondes sections des mouvements lents des 2e et 3e Concerto, con grande espressione, furent exceptionnellement poignantes. Dommage que les allegros subséquents ne s’y soient pas enchaînés attacca.


L’assurance et la maturité musicale acquises en une décennie par Marc-André Hamelin sont très impressionnantes. Ses inflexions interprétatives ne reposent pas sur des triturations des phrases, mais sur des variations du poids des notes. La palette qu’il déploie dans ce domaine est très large.

 

Concertos inégaux


Les deux premiers concertos sont d’ores et déjà fixés dans le béton, le 3e aussi, quasiment. Le 4e aurait mérité une répétition de plus. Ici, l’orchestre parvient au but par concentration et effort, là où, précédemment, les accents, entrées et liaisons semblaient organiques.


Le 4e ouvre le plus à la critique : il n’y a pas lecture dramaturgique du 2e mouvement de la part du pianiste et les cadences, composées par Hamelin, sont aussi audacieuses que hasardeuses (rupture de la couleur du 1er volet et anticipation contre-productive des thèmes du 2e mouvement). Dans L’Empereur, les interprètes ont jeté leurs ultimes forces, Bernard Labadie se battant comme un beau diable pour maintenir cette emprise agissante sur la musique. Ce moment titanesque de lutte conjointe célébrait un Beethoven ardent et éclatant.

À voir en vidéo