Robert Charlebois, 50 ans sans se plaindre

C’est en 1967, par l’écriture de la chanson Demain l’hiver, que Charlebois a trouvé l’artiste qu’il est.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir C’est en 1967, par l’écriture de la chanson Demain l’hiver, que Charlebois a trouvé l’artiste qu’il est.

Robert Charlebois était encore mineur quand il a signé son premier contrat de disque, il y a près de 50 ans. Quelques années plus tard, il s’envolait sur les ailes du psychédélisme, mettait, le premier, le joual en musique rock, livrait aux Québécois des classiques, dont Lindbergh, Les ailes d’un ange, Ordinaire, se trémoussait sur Entre deux joints ou Te v’là, et faisait, finalement, un malheur à Paris… À l’époque, il pratique l’écriture automatique, subit des influences du Pop art d’Andy Warhol. Réjean Ducharme, Claude Péloquin, Marcel Sabourin et Mouffe lui écrivent d’impérissables chansons. Dans les années 1980, l’homme s’assagit, rencontre sa nouvelle conjointe, mais continue d’enregistrer avec la même énergie.


En 2011, son dernier album, Tout est bien, met entre autres en musique un texte de saint Augustin et une lettre de Wolfgang Amadeus Mozart. Cinquante ans ou presque plus tard, donc, Charlebois est toujours en forme.


En entrevue, Charlebois est à la fois incontrôlable et intarissable. Interrogé sur ses débuts, il reconnaît avoir trouvé sa voix avec la chanson Demain l’hiver, écrite en 1967. « C’est juste sur le troisième disque, quand j’ai réalisé que je ne serais jamais Ferré, ni Nougaro, ni Gainsbourg - j’étais moi -, que j’ai commencé à parler de la sloche, des joueurs de hockey et du Canadien ! Peut-être que la chanson la plus importante de ma vie, ça a été Demain l’hiver », avait-il confié à Yves Laberge, pour la revue Cap-aux-Diamants, en 2007.


« J’ai compris qu’on n’avait que le langage imprimé en commun avec l’Europe, dit-il encore aujourd’hui, tellement on a une façon de se serrer la main, de vivre, qui est à l’américaine. On a une langue qui est très colorée dont on avait honte jusqu’à ce que quelqu’un s’en empare. C’est arrivé en même temps : Michel Tremblay, Réjean Ducharme… » Après l’Expo 67, la musique québécoise s’ouvre au monde, se prête aux influences pop, rock, psychédéliques. L’osstidcho est arrivé.


De Réjean Ducharme, à qui il doit les textes des chansons Mon pays, c’est pas un pays, c’est un job, Dix ans, Ch’u tanné, Robert Charlebois dit aussi que ç’a été la plus belle rencontre de sa vie artistique. « C’était mon naturel et je l’ai peut-être trop pris pour acquis, dit-il. […] On était tellement sur le même buzz », se souvient-il. Après leur première rencontre dans un bar topless, Réjean Ducharme lui a d’abord envoyé des textes écrits sur du papier-toilette, dans une enveloppe collée avec des pansements.

 

Humilité, simplicité et sincérité


Cinquante ans plus tard, Robert Charlebois dit sans ambages que ses chansons sont la somme de ses erreurs. Que, jeune, il a rêvé de faire du jazz comme Dave Brubeck, dont il n’avait pas le talent. Qu’« humilité, simplicité et sincérité » sont ses valeurs maîtresses.


Mais en entrevue comme ailleurs, Robert Charlebois ne s’en laisse pas imposer. Il reconnaît ne jamais avoir été indépendantiste. « J’ai toujours été ailleurs, dit-il, au-dessus de tout ça.Et en tant qu’artiste, je n’ai jamais voulu porter un drapeau, fût-il transparent, pour garder ma liberté et mon indépendance, pour rire de qui j’avais envie de rire au moment où j’ai envie de rire de lui, peu importe son appartenance politique. Et j’ai toujours été comme ça. » Ce qui ne l’a pas empêché d’être proche de Pierre Bourgault, de danser le zouk avec René Lévesque aux Antilles ou de souper avec Fidel Castro. Le Líder Máximo lui a d’ailleurs permis de tourner son clip de la chanson Mon ami Fidel sur la place de la Révolution, à La Havane. « Je lui ai apporté des Playboys et un match de hockey Canada-Russie », se souvient Charlebois. Il reconnaît bien avoir été communiste, mais dit s’être ravisé lorsqu’il a découvert que ceux qui prétendaient l’être avec lui gardaient des joints et des bières pour eux seuls après les échanges… « J’ai réalisé finalement que c’était pas naturel d’être communiste. Le jour où j’ai réalisé que j’étais le seul [qui partageait tout|, j’ai arrêté. »


Le seul engagement, le seul combat qu’il revendique encore aujourd’hui, c’est celui de la langue française, de la chanson en français, son français.

 









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5 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 15 juin 2013 08 h 50

    Bravo

    Dans les années 60 lorsque la musique pour les jeunes venait des USA et d'Angleterre, Charlebois fut le premier québécois à sortir de l'ornière des chansonniers (bon textes mais musique viellotte) et ajouter un son plus rock avec des paroles en québécois (joual). Un pionnier dans le domaine. L'album Lindberg est le premier grand album rock du Québec et demeure un très grand album.

    J'ai aussi apprécié qu'il s'est toujours tenu assez loin de la politique et n'a pas tenté de se servir de sa notorité pour attirer ses fans vers un parti politique. J'ai fait aussi la même erreur et le même constat pour ce qui est du communisme ou collectivisme.

  • Marc Bergeron - Inscrit 15 juin 2013 21 h 34

    La fête avec Paul Desmarais?

    Bien que je reconnais son talent mais delà à dire aucune politique laisser moi en douter. Dis-moi qui tu fréquente.....

  • Gilles Landry - Inscrit 16 juin 2013 12 h 08

    Saint-Augustin?!

    À tous ceux qui croient que L'Église Catholique a été un frein à la créativité intellectuelle et qui, à tort ou à raison, sont partis en guerre contre elle, à tous ceux qui prennent pour acquis le formidable héritage laissé par l'Église, à tous ceux qui ne voient dans l'Église que des abus à répétition qu'on retrouve d'ailleurs partout lorsqu'il s'agit de la race humaine, à vous tous, sachez que même le très prolifique et bien adulé guru des chansonniers et des rockers québécois, Robert Charlebois, s'est empressé d'utiliser le texte d'un des grands défenseurs de l'Église Catholique Romaine pour en faire ses choux gras.Comme quoi même un gars ben ordinaire a appris à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain...

  • Jean-Luc - Inscrit 17 juin 2013 09 h 48

    Robert Charlebois. Un éternel ado de 69 ans...


    « Robert Charlebois [...] reconnaît ne jamais avoir été indépendantiste. [... !!!] Le seul engagement, le seul combat qu’il revendique encore aujourd’hui, c’est celui de la langue française, de la chanson en français, son français. »

    Et c'est pourquoi, j'imagine, il va chanter en anglais, le P'tit Robert, pour célébrer l'anniversaire de sa concitoyenne québécoise, Jacqueline Desmarais, au saint des saints de la puissance anti-libération du peuple du Québec - j'ai nommé Sagard in Charles Voice, in Province of Kwabek.

    Robert Charlebois, j'ai toujours apprécié, et j'apprécie toujours, votre travail musical. Pour la période, disons, 1965 (La Boulée...) - 1975. En passant par les fabuleuses collaborations avec Ducharme, Bourgault, Péloquin, Mouffe, Sabourin, Forestier et quelques autres.

    Hélas, votre « pensée politique » n'aura jamais dépassé celle d'un ado. Aujourd'hui comme hier. Et avant-hier.

    « Je suis ailleurs », répétez-vous à satiété...

    Comme si « débarrasser le plancher » ne signifiait pas offrir tout l'espace aux Jean Charest, aux Justin Trudeau et aux Philippe Couillard de ce monde.

    Comme si, en d'autres termes, notre chevelu national était parfaitement incapable de faire 2 et 2.

    Je suis et resterai un grand fan du Charlebois de mon enfance. Parce que vous êtes un formidable artiste.

    Mais hélas - et il faut également le dire avec autant de franchise (ainsi des amis se parlent...) - vous êtes un citoyen d'une indigence intellectuelle politique rare.

    Bien à vous, « compatriote »,

    Jean-Luc Gouin,
    Capitale nationale, 16 Juin 2013 - Jour du dixième anniversaire de la mort de Pierre Bourgault, homme autrement plus solide au plan des idées et des priorités politiques, de la probité citoyenne aussi, de la structuration de la pensée, enfin. Nom de nom, mûrissez un peu, Robert ! Vous aurez soixante-dix ans dans un an. Il serait temps, non...?

    • Gilles Landry - Inscrit 17 juin 2013 12 h 58

      C'est de liberté dont il est question ici. Un homme adulé n'est tout de même pas responsable du regard qu'on porte sur lui. Ben oui, Robert a déçu vos attentes. Votre vision de la politique n'est pas la sienne. Il refuse de prendre le Québec sur ses épaules et c'est tant mieux.

      S'il accepte de boire le champagne des Démarais c'est même pas de nos affaires, d'abord qu'on sait qu'il est capable de s'en payer. Adolescent ou pas, il se fout complètement des dégelées comme celle que vous tentez de lui servir. Pour lui, les critiques seront toujours des ratés sympatiques, surtout ceux qui comparent des pommes avec des oranges comme vous le faites avec Bourgault. Il est ailleurs!