Pari tenu

"Venez entendre aujourd'hui la musique de demain", a clamé hier l'ancien critique rock du toit d'un bar de la Main, où les médias d'ici et d'ailleurs - j'ai croisé un correspondant du Monde - étaient conviés au dévoilement de la programmation extérieure des FrancoFolies de Montréal, douzièmes du nom, présentées du jeudi 27 juillet au samedi 5 août. On pourrait presque dire les premières FrancoFolies d'un temps nouveau. L'ère Laurent Saulnier.

Pour dire la vérité vraie, année de grâce ou pas, on l'attendait au tournant, l'ex-chef de la section musique à l'hebdo culturel Voir, bombardé chef programmateur des scènes extérieures au Festival international de jazz et aux FrancoFolies l'automne dernier. Il l'avait souvent écrit, et pas toujours gentiment: les Francos, c'est ringard, c'est variétés mononcle-matante, ça sert jamais qu'à permettre à Luc Plamondon de se rendre hommage à lui-même ou à Pierre Bachelet de grossir son fond de retraite. Bon, ça, c'est moi qui le dis, mais l'esprit était le même.

En entrevue au Devoir il y a deux semaines pour l'ouverture du FIJM, Saulnier annonçait la couleur: "Je veux qu'on arrête de penser aux FrancoFolies comme à un festival ringard." Il ne pouvait alors en dire plus mais rigolait déjà entre ses fameux favoris elvissiens: tout juste un peu de fébrilité perçait la façade de totale confiance. Qui apparaît pleinement justifiée aujourd'hui: son premier exercice de programmation est déjà, sur papier, une réussite. Mieux, un tournant: jamais la programmation extérieure des FrancoFolies n'a-t-elle mieux montré ce qui se passe en musique et en chanson d'expression non anglophone au Québec et dans le monde: Saulnier, pendant près de 15 ans le plus insatiable bouffeur de spectacles de la profession, connaît son terrain. Il l'éclaire maintenant d'une lumière privilégiée.

"C'est toute une génération qui vient cogner à la porte et qui cogne fort", a-t-il résumé à son tour au micro (après le président Alain Simard, comme de raison). "On va l'ouvrir, la porte." Pour appuyer l'affirmation, le grand Laurent avait un joli chiffre au bout des lèvres: jamais autant d'artistes ayant "deux disques ou moins à leur actif" n'avaient été présentés aux Francos. Soit plus d'une soixantaine de spectacles. C'est-à-dire presque la moitié des 130 prestations proposées en 15 séries disséminées à travers un site repensé (plusieurs des scènes ont été repositionnées, certaines carrément enlevées ou créées). De fait, bon nombre de chanteurs, chanteuses et groupes de chez nous en seront à leur tout premier spectacle majeur suivant la sortie d'un disque initial: mentionnons Urbain Desbois, les Cowboys Fringants, Cébastien et Brun Gogo, Éric Maheu, Yelo Molo, Coléoptère, Projet Orange, Martin Deschamps. Certains n'ont carrément rien gravé encore; "ça ne saurait tarder" pour une Manon Lévesque, a exulté Saulnier.

Les devoirs de prospection à l'étranger ont été faits et bien faits: de bonnes scènes aux bonnes heures permettront de découvrir - ou consacrer - les Sergent Garcia, Dionysos (le jeune groupe rock français, pas le mythique orchestre progressif d'ici), Busta Flex, De Puta Madre (du hip hop belge, eh oui), la Bretonne Kohann, le brillant technophile français Czerkinsky, les Pires et autres Éjectés (sic). Saulnier a frappé particulièrement fort dans la programmation des séries les plus énergiques: ça brassera méchamment du côté du Parc des festivals avec Brigade du T.I.G., Redcore, Guerilla, Saïan Supa Crew, Loco Locass, Vulgaires Machins et consorts. On devrait aussi s'amuser pas mal beaucoup merci sur Jeanne-Mance avec les 3/4 Putains, Cowboys Frigants, Mononc'Serge et assimilés.

Mais encore? Saulnier n'était pas peu fier de révéler à l'assemblée que Les Vieux Routiers, "le groupe de Lhasa [de Sela] sans Lhasa", a été "formé pour les FrancoFolies". Il n'en revenait pas non plus de "l'honneur" d'avoir engagé le vénérable Wendo Kolosoy, le septuagénaire papa de la... rumba congolaise. "Pour savoir ce que c'est, il faudra venir voir", de titiller le franc-tireur. On remarquera tout de même que la série des "spectacles multiculturels" est très alignée sur le Festival d'été de Québec, spécialiste du genre.

Pag pour les foules

Bref, pas grand-chose pour les touristes de la rengaine. Pas de quoi rallier les foules, se dit-on a priori. FrancoFolies, festival des inconnus au bataillon? Masses populaires aliénées? Pas sûr. Il pourrait y avoir une jolie meute pour Les Marmottes Aplaties ou Busta Flex, à en juger par l'enthousiasme du fils de ma douce aimée et sa horde de copains-copines.

Et l'ancienne scène principale rebaptisée "nouvelle aire Ford" (le FIJM roule en GM, les Francos en Ford; la musique est en voiture, observait un collègue) sera comme d'habitude occupée par quelques notables têtes d'affiche, dont l'extraordinaire Daniel Boucher et, dans le cadre d'un "Salut aux Jeux de la francophonie 2001", la participation de deux revenants, Marie-jo Thério et Luc de Larochellière.

Et puis on y verra probablement triompher l'un des chouchous à vie de Saulnier (et de nous tous!), l'ex-soliste des Chanceliers lui-même en personne, nul autre que notre Pag national, vedette de l'annuel grand spectacle gratuit de mi-parcours, le mardi 1er août.
Pas fou, Saulnier aura laissé à Simard le soin d'annoncer la seule concession à la ringardise de ces FrancoFolies du renouveau: on remettra en effet à chaque visiteur un bon vieux billet de tirage. Oui, vous avez deviné: une Ford Focus ZX3 2001 sera remise au chanceux ou à la chanceuse de service. Commandite, quand tu nous tiens!


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