Festival de musique solitaire - Le retour des troubadours

Thomas Truax, qui a construit plusieurs de ses instruments et qui plonge le spectateur dans un univers à la Tim Burton, est un incontournable du Festival de musique solitaire.
Photo: Source One Man Band Festival Thomas Truax, qui a construit plusieurs de ses instruments et qui plonge le spectateur dans un univers à la Tim Burton, est un incontournable du Festival de musique solitaire.

Encore considéré dans l’imaginaire collectif comme un musicien de foire ridiculement recouvert de ses instruments, l’homme-orchestre a vu ses contours complètement redéfinis au fil des années et des innovations technologiques. Alors que les ventes de disques périclitent toujours, ces troubadours modernes sont étonnamment nombreux à sillonner le monde en solitaire, de scène en scène. Et du 23 au 26 mai, Montréal en accueillera près d’une soixantaine pendant le Festival de musique solitaire.

Au téléphone, le vétéran musicien Montréalais Jon Cohen a de la broue dans le toupet, car la deuxième édition de son festival arrive à grands pas. Lancé presque sur un coup de tête l’année dernière, le Festival de musique solitaire a plus que doublé de volume, passant de 23 musiciens invités à 57, provenant du Canada, des États-Unis, mais aussi de Colombie, du Royaume-Uni et d’Espagne pour ne nommer que ceux-là.


Et ce n’est pas parce qu’ils sont des êtres asociaux que ces musiciens décident d’être un groupe à eux tout seuls, pour paraphraser Renaud. « L’an passé au festival, il y a un artiste qui a lancé : “This is not a one man band festival, this is a neurotic control freak festival”, raconte Cohen en riant. Bon, il y en a effectivement qui ne pourraient jamais travailler avec d’autres musiciens, mais la plupart jouent seuls parce que c’est difficile de faire des tournées aujourd’hui. Et les spectacles, c’est devenu la seule forme de paye pour les musiciens, car ils ne vendent presque plus d’albums. Ça, c’est très important, on est revenus au temps des troubadours, eux qui étaient vraiment les one man band originaux des années 1400, disons ! »


Créativité et technologies


Le Festival de musique solitaire accueille des artistes à la démarche plus traditionnelle, de type fanfare ou blues, mais Jon Cohen a surtout voulu débusquer des créateurs aux idées originales, qui utilisent des claviers, des pédales, des échantillonneurs ou autres technologies pour élargir le spectre sonore des hommes-orchestre. « La musique solitaire, c’est en plein essor parce que ça devient vraiment créatif, grâce à la technologie. Les loopers, les samplers rendent ça plus facile de s’exprimer en solo. Il y a même des compagnies qui développent des produits pour les one man band, alors on sent que les gens commencent à voir ça comme une forme d’art non seulement valide, mais originale. »


Il y a donc une certaine facilité de création avec la technologie, mais être un musicien solitaire n’est pas nécessairement une partie de plaisir, précise Cohen, qui, en solo, s’amuse à superposer des boucles de son. En homme-orchestre, « tu prends le lot de problèmes et d’obstacles que tu avais avec des groupes et tu le mets de côté. Et tu prends un tout nouveau lot de problèmes et d’obstacles et tu le mets devant toi ! C’est vraiment une voie parallèle, c’est pas une solution. Tu es plus dépendant de ton équipement, par exemple. Et il y a moins de chimie avec d’autres musiciens, alors il faut être vraiment bien avec soi-même pour se présenter en solo. »


Et le défi de la scène reste majeur pour un loup solitaire, qui doit capter l’attention du spectateur alors qu’il doit parfois jouer la partition de cinq musiciens en même temps. Côté blues rock, Cohen reconnaît que Bloodshot Bill et Steve Hill sont des incontournables, mais il attire l’attention sur un certain Thomas Truax, qui a construit plusieurs de ses instruments et qui plonge le spectateur dans un univers à la Tim Burton. Mais que ce soit pour les groupes ou les hommes-orchestres, « il y a du bon et du mauvais partout. Et c’est le même défi : trouver quelque chose qui va rejoindre le spectateur et écrire de la musique qui va faire bouger les gens. »

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