Concerts classiques - Beaux restes, sans autocritique

Lors de sa dernière visite, en 2008 à l’OSM, Itzhak Perlman avait agi principalement en tant que chef, ne prenant son violon que pour le Concerto BWV 1042 de Bach. En 2005, c’était pour diriger sans jouer et en 2000 pour diriger et proposer en soliste le BWV 1041 de Bach et les deux Romances de Beethoven.

Autant dire que nous n’avons pas eu de soirée « Perlman au violon » à Montréal en ce siècle. Cette rareté s’expliquait-elle par une aura déclinante ? Dans le passé, à l’âge de 67 ans certains archets, et non des moindres, avaient tout perdu de leur superbe. Que reste-t-il donc du grand virtuose du dernier quart du XXe siècle ?


La réponse penche plutôt du bon côté de la balance, du moins en ce qui concerne la première partie - Beethoven et Franck. Perlman a perdu un peu de puissance et de richesse dans la matière sonore, mais le grain sonore reste beau et moelleux. Globalement la justesse est louable, malgré une hasardeuse 2e variation du volet central de Beethoven. Les passages doux et les aigus filés dans Franck sont souvent poétiques. Le ton n’est pas geignard et garde une tenue que d’autres artistes sexagénaires (qui ont une propension a attirer un quota de snobinards conquis d’avance) n’ont plus - on pense à deux pathétiques prestations de Kiri Te Kanawa ici.


En seconde partie, après de poussifs trilles - diaboliques pour le soliste - Perlman compose un menu présenté dans un numéro qu’on qualifierait de stand up comic si la chose n’était irrévérencieuse ! Il enchaîne Prélude et Allegro selon Pugnani de Kreisler, Chanson sans paroles de Tchaïkovski, un caprice de Wieniawski, La Liste de Schindler de Williams et la 1re Danse hongroise de Brahms. En bis, La Ronde des lutins de Bazzini scelle un curieux enterrement de première classe auto-célébré avec un évident manque d’autocritique. Pourquoi, à 67 ans, se coltiner des pièces insignifiantes, d’une extrême difficulté, jouées à 75 %, puis 65 %, puis 55 % (Bazzini) de leur aura ? La profondeur et la substance musicale d’une Sarabande de Bach fait-elle donc tant peur à cet homme, qui se transformait progressivement en ombre de lui-même ?

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