24 violonistes en attente d’une consécration

L'Américaine Fabiola Kim
Photo: Source CMIM L'Américaine Fabiola Kim

C’est mardi que débute la douzième édition du Concours musical international de Montréal (CMIM), consacrée cette année au violon. Les organisateurs prédisent qu’un millésime d’envergure consacrera le successeur de Benjamin Beilman, vainqueur en 2010.


Contrairement aux autres importants concours musicaux d’ici - Prix d’Europe, Concours OSM-Standard Life, Concours de musique du Canada -, le CMIM est une compétition véritablement internationale qui, même si elle est relativement récente, joue dans la ligue des grands rendez-vous du genre.


D’entrée, la compétition montréalaise s’est fait une place au soleil en faisant émerger des talents rapidement appelés à faire carrière. Avec Measha Brueggergosman, Burak Bilgili et Joseph Kaiser lors de la première édition, en 2002, consacrée au chant, Montréal se signalait à l’attention des acteurs du milieu. Rebelote l’année suivante, avec le violoniste Yossif Ivanov, qui l’emporta à l’âge de 16 ans. Ivanov, qui enchaîna quelques années plus tard avec un 2e prix au Reine-Élisabeth, fait une carrière internationale, de même que Benjamin Beilman (2010), les pianistes David Fray (2e en 2004), Nareh Arghamanian (2008) et Beatrice Rana (2011), ou les chanteuses Marianne Fiset (2007) et Angela Meade (2009).


Pour Christiane LeBlanc, ancienne directrice d’Espace musique, aujourd’hui à la tête du CMIM, cette dimension est frappante : « Dans ma carrière à Radio-Canada, j’ai assisté à de nombreux concours et j’étais si souvent déçue, car je trouvais que le jury avait raté le vrai musicien. Le CMIM a couronné de vrais musiciens et des gens qui font carrière. »


La recette ? « Le choix des jurés, sans doute, mais aussi un système strict de pointage qui n’ouvre pas à la discussion et évite donc des débats et des jurés qui cherchent à en influencer d’autres », analyse Christiane LeBlanc.


Il y a deux genres de concours. Les grandes manifestations monodisciplinaires sont le Concours Chopin, le Van-Cliburn, le Clara-Haskil, le Busoni ou le Concours de Leeds pour le piano ; Operalia et Singer of the World (Cardiff) pour le chant ; les Concours Paganini, Sibelius ou Wieniawski pour le violon.


Montréal, qui alterne piano, violon et chant, imite en cela le Concours Reine-Élisabeth de Bruxelles, son modèle avoué. Les autres célèbres compétitions ainsi ouvertes sont le Concours Tchaïkovski (avec le violoncelle en plus) et le Long-Thibaud (avec le chant en moins).


Le CMIM est reconnu internationalement comme un concours sympathique. Quatre candidats, Nigel Armstrong (États-Unis), Nikki Chooi (Canada), Luke Hsu (États-Unis) et Fabiola Kim (États-Unis) viendront même cette année y retenter leur chance. Nikki Chooi, le seul Canadien du millésime 2013, a déjà fini 7e en 2006.

 

Vengerov ambassadeur


Cette image d’« artisanat de haut vol » du CMIM ne risque-t-elle pas de s’effondrer lorsqu’on considère l’association, cette année, avec la star Maxim Vengerov ? Concours d’artisans ou concours de riches ? On ne sait plus quoi penser et l’image se brouille. Pas pour Christiane LeBlanc : « Sans quelques mécènes très généreux, la venue de Vengerov aurait été impensable. Sa venue permet la tenue d’un événement majeur, un concert qui vient s’intégrer dans le calendrier du concours [lundi 13 mai]. On ne touche pas au noyau de qualité et de rigueur, mais nous avons le devoir de nous adresser à un public plus large et d’augmenter notre notoriété. L’ajout - que ce soit Vengerov ou quelqu’un d’autre dans le futur - doit permettre à un nouveau public de découvrir le concours. Oui, Maxim Vengerov a un côté glamour, mais l’an prochain ce pourrait être tout autre chose. Il s’agit avant tout d’ajouter un événement qui permette de vendre le concours. En plus, Vengerov jouera avec Serhiy Salov, notre lauréat 2004, et Stéphane Tétreault. »


Autre avantage collatéral : Maxim Vengerov dirigera l’OSM pendant les deux soirs de finale, les 14 et 15 mai, à la Maison symphonique de Montréal. Pour sûr, voilà un chef qui connaît bien le répertoire ! Sur les 24 candidats, six joueraient le Concerto de Sibelius, cinq le Tchaïkovski, cinq autres le 2e Concerto de Bartók et quatre celui de Brahms, les miettes restantes se distribuant entre Glazounov, Dvorák et Wieniawski. Aucun Britten pour l’année Britten, hélas !


Sur ces compétiteurs, d’une moyenne d’âge de 21 ans, 18 sont des hommes, pour 6 femmes, et ils nous viennent de 14 pays. Il n’y a pas d’« invasion asiatique », souvent dénotée dans les concours ces derniers temps, puisqu’on ne compte « que » quatre Coréens, deux Chinois, deux Japonais et un Taïwanais.


Le public pourra suivre les candidats dès les quarts de finale, les 7, 8 et 9 mai à la salle Bourgie. Cette même salle abritera les demi-finales, le vendredi 10 mai et le samedi 11 mai. Un concert de gala aura lieu le 17 mai à la Maison symphonique de Montréal.


Des activités gratuites seront offertes autour du violon du 6 au 12 mai, à la salle Bourgie et au Musée des beaux-arts de Montréal, notamment un atelier de lutherie permettant d’observer la fabrication d’un instrument.


Radio-Canada diffusera les meilleurs moments des demi-finales le 13 mai et relaiera les deux soirs de finale en direct sur Espace musique. Sur Internet, avec espace.mu, les mélomanes pourront suivre les demi-finales en direct.