Étonnantes réincarnations

Il y a amplement matière à pester, à maugréer, à râler, mais bon… on va se retenir, voire changer le braquet des humeurs, car il y a aussi amplement matière à saluer, à remercier, à se contenter dans le sens le plus content du terme. Le moteur de ce paradoxe ? Une deuxième vague de disques distribués par Universal et vendus à « p’tit » prix, 10 $ pour deux albums réunis en un compact, vient d’aborder nos côtes. Celles des disquaires, évidemment.


Toujours est-il que cette vague numéro 2 permet de raconter à nouveau une histoire extraordinaire à tous égards, car elle combine la réincarnation avec la réhabilitation. En deux mots, Universal remet sur le marché des enregistrements qui avaient disparu pendant 50 ans.


En plus de deux mots, voici de quoi il s’agit. La filiale allemande d’Universal, aujourd’hui le plus important propriétaire de labels de jazz - des labels, il faut le préciser, qui ont fait l’histoire du jazz -, a nettoyé les rubans réalisés, tenez-vous bien, par Oscar Peterson, Dizzy Gillespie, Clark Terry, Shirley Horn, Bob Brookmeyer, Quincy Jones, Gerry Mulligan, Bobby Timmons, Art Farmer, Benny Golson, Gene Ammons, Buddy Rich, Gene Krupa, Jimmy Smith, Johnny Hodges, Ella Fitzgerald, Mel Torme, Kai Winding, Georges Russell, Bill Evans, Shelly Manne et bien d’autres.


On a fait exprès de citer les noms d’une ribambelle de musiciens pour mieux souligner ceci : cette avalanche de rééditions de disques conservés dans les coffres des compagnies pendant 50 ans (!) aura pour écho une inflexion du regard que l’on porte sur l’histoire du genre en général et celle des jazzmen en particulier. Le compact retenu pour illustrer le sujet du jour est l’exemple par excellence du ressort historique évoqué : Empathy par Shelly Manne, Bill Evans et Mont Budwig à la contrebasse, auquel Universal a joint A Simple Matter of Conviction par Evans, Manne et Eddie Gomez à la contrebasse.


Aucun livre ou dictionnaire, dont celui publié par Robert Laffont, ne mentionne le copinage du pianiste avec le très, très fin batteur Shelly Manne et le solide Budwig. Aucun ! Prenons Laffont. L’auteur de la fiche consacrée à Evans raconte qu’après la mort de Scott LaFaro, Chuck Israels et Gary Peacock se sont succédé, mais pas Budwig. Idem avec Manne.


Ainsi, pendant des années et des années, nous avons été privés de musiques qui régalent de par leur finesse, leur délicatesse, qui se distinguent aussi par l’inclination de Manne et ses complices pour la cohésion. Pour les amateurs de trios, ce double est un cadeau des dieux. Tous les dieux.


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À la une du prochain Down Beat : le saxophoniste Charles Lloyd. Enfin ! Cela faisait des lunes indiennes que ce géant du saxo ténor n’avait pas été le sujet principal de la bible américaine du jazz alors qu’il aligne, chez ECM, des albums admirables. Outre Lloyd, il est aussi question de Frank Zappa.


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À ceux qui ne seraient pas abonnés au club Smalls, situé à New York, on tient à signaler ceci : depuis quelques semaines, les animateurs du lieu proposent régulièrement la retransmission gratuite, tant audio que visuelle, de certains shows.


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Les membres du groupe scandinave The Thing ont invité le guitariste Thurston Moore à se produire avec eux lors de leur show du 19 mai prochain dans le cadre du Festival international de musique actuelle de Victoriaville.

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