IAM: un adieu, au cas où

Au lieu de travailler dans un seul studio, pour cet album, IAM a pris le contrôle de cinq cabines, où tout le groupe travaillait en parallèle.
Photo: Didier D. Daarwin Au lieu de travailler dans un seul studio, pour cet album, IAM a pris le contrôle de cinq cabines, où tout le groupe travaillait en parallèle.

On vous l’avait annoncé dans ces pages non sans enthousiasme, le vétéran groupe rap français IAM nous préparait un album très spécial, unique, taillé dans les musiques d’Ennio Morricone. Les manieurs de samouraïs qui allaient rencontrer les tireurs sans remords du Far West ? On s’emballait. Mais ce qui nous parvient est tout autre. Empêtré dans les dédales légaux, IAM a décidé de changer de direction et a construit Arts martiens, un disque aux allures de synthèse qui pourrait être… un adieu.


Au bout du fil, c’est le très attentionné Akhenaton qui, avec son accent du Sud, laisse tomber les mots. Lourds, les mots. « Cet album-là, il sonne sur certains aspects, je le reconnais, comme une forme d’au revoir. Mais vu qu’on ne sait pas ce que demain nous réserve, on préfère dire au revoir que de ne pas dire au revoir du tout ! »


Un adieu, au cas où. De l’autre côté de l’appel conférence, Akhenaton et Kheops notent qu’Arts martiens - une référence à Marseille, qui a vu naître IAM - est le dernier album prévu à leur contrat avec la major Def Jam France et que la suite dépend soit de leur volonté à poursuivre comme indépendant - ce qui n’est pas une mince tâche -, soit du possible succès de ce disque.


« Ce qu’il faut vous avouer, c’est qu’on s’est détachés de beaucoup d’enjeux avec le temps, explique Akhenaton. Et qu’on fait des albums de manière très détachée, décontractée. On fait le maximum pour en vendre le plus possible avec nos arguments, qui sont des arguments artistiques. Maintenant, on n’est ni prêts à faire du marketing tordu, ni prêts à faire du buzz inutile, ni prêts à courber l’échine pour sortir des albums. Si malheureusement, à l’avenir, notre passion ne devient plus notre métier, ce sera comme ça. »


Revenons sur le projet Morricone, que traîne Akhenaton depuis son album solo Métèque et mat (1995), et que le groupe avait déjà mis de côté pour enregistrer L’école du micro d’argent, disque phare de la formation. L’an dernier, croyant avoir eu l’aval des bons interlocuteurs pour mener à bien son album concept avec les airs du maître de la musique de film, IAM avait redémarré le projet. « Mais les interlocuteurs se sont avérés ne pas être les bons, parce qu’on a eu quelques mois plus tard des précisions sur les exigences de la collaboration, qui étaient tout simplement inacceptables pour nous. Et on a décidé d’abandonner. »


Coup dur. Entre autres parce que le studio de mixage new-yorkais était déjà réservé, comme l’appartement où loger. Et surtout, IAM voulait confier ses pièces au réputé ingénieur du son Prince Charles Alexander, un homme fort occupé et seulement disponible pendant les vacances de janvier. Et nous sommes le 20 septembre.


« Ç’a été un mal pour un bien, parce que ça nous a permis de repousser nos limites et de voir si on était capables de faire un album entre ce moment-là et le 1er janvier ! lance Akhenaton. Ç’a été très intense, mais on s’est vraiment bien amusés. »


Pour des gars pressés, Arts martiens est étonnamment riche. Ses 17 titres s’étirent sur plus d’une heure et dix minutes, et les deux rappeurs Akhenaton et Shurik’N n’ont pas lésiné sur les couplets. « Si on n’avait pas eu de date butoir, je pense qu’on aurait reporté un peu, dit Kheops, le DJ. Là, on avait des barrières, un cadre autour de nous, et il ne fallait pas qu’on dépasse. Et c’est là qu’on est le meilleur, je pense. »

 

«Voici nos valeurs»


Au lieu de travailler dans un seul studio, IAM a pris le contrôle de cinq cabines, où tout le groupe travaillait en parallèle. Une vraie usine, à les entendre. « On a fait plus de 40 morceaux », se surprend Kheops. Le résultat est assez proche de ce qu’on imagine être l’essence d’IAM : une production rythmique classique avec un peu de scratchs, une inspiration asiatique et arabe, et des textes d’où émane fortement la notion d’intégrité - sociale, artistique, politique.


« Arts martiens, c’est : voici IAM, voici nos valeurs. Ça s’entend sur la première pièce Spartiate Spirit, et sur la dernière, Dernier coup d’éclat. Dans les très bons moments, quand on a vendu beaucoup de disques, et dans les moments compliqués de nos vies personnelles ou professionnelles, on s’est fait un point d’honneur de toujours tenir le cap. »


Ce nouveau disque les mènera sur les scènes d’un peu partout dans le monde, et entre autres aux FrancoFolies de Montréal, le 18 juin au Métropolis. « Après, si cet au revoir n’en est pas un définitif, ce sera un au revoir temporaire, ajoute Akhenaton. Si on arrive à avoir du succès sur cet album-là, pourquoi pas un prochain album dans le futur ? Et pourquoi pas un Morricone ? Mais là, j’évite de faire des prévisions ! » Parce que demain, c’est loin.

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