Chanson - Le bonheur tout autour

Les soeurs Boulay, lors de leur lancement montréalais. Au Zaricot de St-Hyacinthe, avec leurs deux micros omnidirectionnels, on ne perdait rien des harmonies exquises, des ukulélés et guitares, des textes chamboulants ou marrants des Gaspésiennes.
Photo: François Pesant - Le Devoir Les soeurs Boulay, lors de leur lancement montréalais. Au Zaricot de St-Hyacinthe, avec leurs deux micros omnidirectionnels, on ne perdait rien des harmonies exquises, des ukulélés et guitares, des textes chamboulants ou marrants des Gaspésiennes.

Samedi soir, j’étais au très sympathique et convivial Zaricot de Saint-Hyacinthe avec mon amie Dominique pour voir à l’avance le spectacle des Soeurs Boulay (on les aime d’amour, on avait trop hâte). Le samedi d’avant, avec Do toujours (on ne se lâche plus, c’est show après show depuis qu’on se connaît), nous nous trouvions au TVT, splendide et accueillant Théâtre du Vieux-Terrebonne, pour y croiser la tournée de Louis-Jean Cormier. Le mois d’avant, à l’invitation d’amis, c’est Lisa LeBlanc qu’on rattrapait au café Chez Rose, petite salle de la Valspec à Valleyfield. Samedi prochain, il se pourrait bien qu’on aboutisse dans la Petite-Nation, parce qu’il y aura Éric Goulet en trio acoustique avec les Mountain Daisies (Carl Prévost, Ariane Ouellet, hôtes de l’Open Country du Verre Bouteille) au P’tit café de l’auberge, à Saint-André-Avelin.


Comme si je n’avais pas assez de spectacles à couvrir dans la grande ville, vous entends-je murmurer. Comme si on n’était pas aux portes de la saison des festivals… Vrai, bien vrai, mais seulement voilà, ces sorties parfaitement facultatives, avec le désir pour seul moteur (et la meilleure musique dans l’auto en chemin), font un bien fou aux passionnés de chanson que nous sommes. Me rappellent à moi que, pour officier en ces pages, il faut du carburant d’enthousiasme, des amis contagieux, multiplier les occasions.


Ceux qui fréquentent ces lieux s’étonneront de mon étonnement : mais oui, le bonheur est bien souvent tout autour, pas trop tôt pour le constater. Eh ! Vieux problème de visibilité que celui des diffuseurs « en région » : ceux qui savent, savent, les autres pas. Pourtant c’est patent : à relative proximité de Montréal, on peut aller voir et entendre ses artistes préférés… autrement. Les Soeurs Boulay, samedi, je ne vous dis pas la félicité. La qualité d’écoute ! Il faut dire que l’équipe du Zaricot sait faire : avant chaque spectacle, on demande aux gens de se porter responsables de leurs voisins. Dehors les jaseux. Et ça fonctionne ! Avec leurs deux micros omnidirectionnels, sacré risque dans un bar, on ne perdait rien des harmonies exquises, des ukulélés et guitares, des textes chamboulants ou marrants des Gaspésiennes. On a tous arrêté de respirer durant Sac d’école et Mappemonde, on a tous eu chaud dans Ôte-moi mon linge, on a reçu les toutes nouvelles chansons avec la même joie que les récentes (et presque familières) de l’album Le poids des confettis. Grande soirée intimiste affichant complet.


Conditions idéales et moins idéales


Dans la magnifique salle de Terrebonne, Louis-Jean et les siens étaient en voiture : oh le son ! Rien à voir avec la sono pourtant plus qu’honnête du Club Soda à la première média en novembre. Version HD, au TVT. À la grandeur. Pu voir le show complet, en plus, moi qui étais parti écrire ma critique après le bivouac acoustique, à la première. Le spectacle, cinq mois plus tard, a pris son espace, accentué ses modulations. Louis-Jean a dit que c’était « légal » de se lever tout le temps malgré les rangées de sièges, on l’a fait, c’était plus que jamais rock dans le tapis, avec des solos à écouter les yeux fermés, et c’était par moments de la plus absolue douceur. Le lieu convenait parfaitement aux extrêmes, façon Louis-Jean Cormier. Extraordinaire soirée.


C’était un peu moins bien, Lisa au café Chez Rose : ce n’est pas parce que c’est hors des ponts que c’est automatiquement bon. Dans cette ancienne chapelle difficile à sonoriser, le courant passait difficilement. Ça piaillait méchamment derrière, les organisateurs ont dû intervenir. L’avouerais-je ? Lisa LeBlanc ne retrouvait pas l’ambiance de janvier à l’Olympia, et ça se ressentait. Intense jeune femme, encore et toujours, mais un peu plus en circuit fermé avec ses musiciens, « mode » survie. Pas de garantie de complète satisfaction nulle part, pas plus à Valleyfield ou à Montréal, mais après le TVT et le Zaricot, j’ai de plus en plus envie d’aller voir ailleurs si mes chanteurs, chanteuses et groupes préférés y sont.