Spectacle - 34 Puñaladas, le tango à coups de couteau

Le quintette argentin 34 Puñaladas
Photo: Diego Marés Le quintette argentin 34 Puñaladas

C’est un tango de guitares et de chansons, de mégapole et de violence, d’histoire et de rupture. De Buenos Aires nous arrive le quintette 34 Puñaladas avec ses tangos lunfardos, son univers interlope et sa sensibilité très contemporaine. Ce mercredi, ses membres partagent la scène de la Sala Rossa avec Tomas Jensen dans le cadre de la soirée Argentinissime du festival Malasartes. Une superbe découverte !


Le nom du groupe donne le ton : 34 Puñaladas, pour 34 coups de poignard en français. « C’est une manière hypersynthétique de décrire le type de répertoire et l’esthétique du groupe. Au début, nous avons commencé à faire des tangos lunfardos qui sont les tangos qui furent écrits entre 1920 et 1930. Le lunfardo est l’argot de Buenos Aires, qui est composé de mots qui viennent du français, de quelques dialectes italiens et espagnols, de même que de quelques langues africaines. Chez nous, on dit que les ancêtres des Portègnes sont les bateaux », raconte le chanteur Alejandro Guyot.


34 Puñaladas ramène donc à cette histoire prohibée des origines d’un tango à fort contenu marginal avec ses histoires de vols, de bordels, de drogues et d’amours déchirées. Pour transmettre ce monde underground, trois guitares, un guitarron qui sert de basse acoustique et la voix de Guyot qui n’a pourtant rien de trash. « Cette forme d’orchestration, c’est une manière de faire un tango très ancien. On n’a qu’à penser au grand Carlos Gardel, qui a enregistré presque 90 % de son oeuvre avec des guitares. »


La manière rappelle aussi parfois l’héritage de Juan « Tata » Cedron. Mais il y a le legs de Piazzolla, l’harmonisation contemporaine, la densité dans le jeu des guitares, l’impression d’étrangeté, les sources rurales, la milonga, les petites valses créoles, le nouveau langage et les nouvelles métaphores. À ce titre, l’album Bombay Bs. As. que 34 Puñaladas a fait paraître en 2009 fut déterminant. « Il fut reçu par la critique comme un disque qui annonce une ère nouvelle du tango : l’ère de la rupture », affirme Alejandro Guyot.


Le phénomène du tango de rupture est fort bien documenté dans La revanche du tango, le documentaire de Francine Pelletier qui met à l’avant-plan des groupes de la nouvelle génération, dont Astillero, avec lequel Guyot a collaboré. « À nos débuts en 1998, le rock était omniprésent en Argentine et le tango était presque devenu comme une langue morte. Nous devions recommencer à apprendre comment le faire. Puis est arrivé 2001 et la crise économique. Notre génération s’est alors donné comme mission de recommencer à mettre en scène le tango. Aujourd’hui, même si le phénomène est encore souterrain, il est en constant développement. » Avec la métaphore des coups de couteau s’ouvre donc une vision de la mégapole contemporaine.


 

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