Sa plus laborieuse victoire

À la fin, ça y était, quand même. Le Métropolis exultait. Refrains scandés, joie manifeste: un party à la Damien Robitaille, libre et fou, joyeux et bienfaisant. À l’arraché, comme on dit dans le merveilleux monde du sport. Il aura fallu Homme autonome, On est né nu, ses irrésistibles, pour que les dernières résistances tombent. Notre Franco-Ontarien préféré, souriant comme on sourit quand on est arrivé au bout de son premier demi-marathon, s’autorisait en récompense une petite danse jamesbrownienne. Frénésie et soulagement dans les guibolles.


De toute évidence, l’approche funky-latino privilégiée, dans la foulée de l’album Omniprésent de l’automne dernier, avait augmenté le coefficient de difficulté: on n’était pas dans le confort tapis shag soul-r’n’b-funk de la précédente expérience, en 2009 au Club Soda. Moins concept, moins jouissif d’emblée, moins groove total: la machine à harnacher, sept musiciens, cuivres et percus dominants, n’était pas commode.


À plusieurs moments, autant en première partie qu’en seconde, ça montait, la sauce semblait vouloir prendre et prenait bel et bien, mais ça retombait. Pas à plat, entendons-nous. Mais après les espoirs que faisaient naître La danse du drapeau, Mot de passe, Mètres de mon être (manière Couleur café de Gainsbourg, congas et voix), Au pays de la liberté, ça baissait tout juste un peu d’intensité, juste assez pour qu’on le sente. Que des bras baissent. Qu’on attende à nouveau qu’il se passe quelque chose de véritablement stimulant.


C’était pourtant expertement joué (cet orchestre ne demandait qu’à exploser), et le cher Damien exsudait sa bonne humeur et bonhomie habituelles. Alors quoi? Peut-être le nouvel album n’a-t-il pas pénétré les corps: c’était souvent les nouvelles chansons (onze sur les douze du disque, grosse commande) qui n’atteignaient pas le degré de folie attendu. Et les incontournables de Damien résistaient parfois au traitement latino: Porc-épic en salsa frénétique? Pas sûr.


Cela étant, comme au hockey, c’est le score final qu’on retient: les gens sont sortis contents. Et Damien pas mécontent. Retenons ça, en espérant la vraie de vraie fiesta la prochaine fois.

À voir en vidéo