Musique classique - Vadim Gluzman, archet rêvé

Vadim Gluzman est « le » violoniste que de nombreux chefs rêvent d’avoir comme partenaire dans Tchaïkovski, Beethoven ou Bernstein.
Photo: Marco Borggreve Vadim Gluzman est « le » violoniste que de nombreux chefs rêvent d’avoir comme partenaire dans Tchaïkovski, Beethoven ou Bernstein.

Samedi, il sera trop tard. Mais Le Devoir vous aura prévenus : la probabilité que la Maison symphonique de Montréal abrite ce vendredi soir un événement musical est élevée. Le violoniste Vadim Gluzman est en ville…


Il est évidemment impossible de préjuger de la qualité d’un concert. Mais certaines fois les risques de déception sont très minimes. Ce fut le cas, en janvier, avec la visite de l’Orchestre du Festival de Budapest. Nous sommes aujourd’hui dans la même configuration.


Vadim Gluzman est un violoniste israélien d’origine ukrainienne de 40 ans. Nous avons fait sa connaissance musicale dès son second disque paru chez BIS, Time… and Again, en 2004. Jadis, les violonistes se lançaient avec Mendelssohn et Bruch ou avec le 1er Concerto de Paganini. Les cinq premiers compositeurs enregistrés par Gluzman furent Auerbach, Schnittke, Pärt, Vasks et Kancheli ! Le grain sonore et l’intensité expressive étaient là. Tout aussi évidents.

 

Vraies valeurs


Si vous vous enquérez parmi les musiciens professionnels de l’identité des grands archets de l’heure, des noms tels que Leonidas Kavakos et Frank Peter Zimmermann viennent immédiatement aux lèvres (à quand la dernière visite à Montréal de ces messieurs ?). Vadim Gluzman est de cette espèce, de cette trempe : il est « le » violoniste que de nombreux chefs - du moins ceux qui s’intéressent à la musique et aux vrais artistes - rêvent d’avoir comme partenaire dans Tchaïkovski, Beethoven ou Bernstein.


Évidemment, ce n’est pas à l’OSM qu’on entendra Gluzman. L’OSM engage Hagner, Kremer et Midori, des fois que les concepts de « sympathiquement inoffensif », « blasé » et « crispé » aient besoin d’illustrations additionnelles. Alors, place à Jean-Marie Zeitouni, qui a déjà dirigé cet archet rêvé dans des oeuvres de Beethoven et de Bernstein. Et c’est la Sérénade de ce dernier que Gluzman jouera ce vendredi soir.


Cette Sérénade, il l’a enregistrée pour BIS. En entrevue au Devoir, le violoniste se montre heureux de cette collaboration avec l’étiquette suédoise où il a « quasiment carte blanche ». Il reconnaît l’importance de l’enregistrement - « Regardez, vous me connaissez bien sans m’avoir jamais entendu en vrai » - tout en soulignant que sa vision de la musique est en perpétuelle évolution. Ceci l’empêcherait-il de documenter tel ou tel concerto, en attendant une maturation supplémentaire ? Pas vraiment : « Il y a dix ans, je vous aurais répondu Brahms et Beethoven. Aujourd’hui, je suis prêt ! »

 

Originales associations


Chez BIS, Gluzman se distingue par l’originalité de ses couplages. Cela donne des associations Bach-Auerbach-Ysaÿe ou Korngold-Dvarionas. La révélation du concerto du Lithuanien Balys Dvarionas (1904-1974), nous la devons à la fois au Letton d’adoption Gluzman (qui a grandi à Riga) et à l’Estonien Järvi. Ils en ont eu l’idée en même temps : « C’est un concerto que j’entendais dans mon enfance, mais je ne l’avais jamais joué. » L’an prochain, à Vilnius, Gluzman interprétera Dvarionas sous la direction du fils du compositeur.


Gluzman a enregistré In tempus praesens de Goubaïdulina - « parce que j’ai travaillé avec elle sur Offertorium et In tempus praesens et que son message est très important » - mais il reconnaît la difficulté de suivre la création actuelle. Toutefois, il a entendu le concerto de Salonen tout en ne s’étant pas encore fait une idée définitive quant à l’intégrer ou non dans son répertoire.


Et Distant Light de Peteris Vasks ? « C’est ce que je répétais quand vous m’avez appelé ! » Il jouera l’oeuvre en Allemagne la semaine prochaine, au moment où Montréal et Québec la découvriront enfin, grâce à Anthony Marwood et Les Violons du Roy. « Voici une musique de mon enfance à Riga. Vasks est ancré dans la tradition lithuanienne. Sa musique est d’une beauté renversante et c’est un homme que j’apprécie beaucoup. J’aime tant travailler avec les compositeurs et leur poser des questions. Ça, je ne peux le faire avec Beethoven ! »

 

 

Recommandation: trois disques BIS : Concerto, Quintette et Romance de Max Bruch ; Concertos de Korngold et Dvarionas ; Concertos de Glazounov et Tchaïkovski.