Le souci du détail

Le quatuor The Besnard Lakes
Photo: Richmond LAM Le quatuor The Besnard Lakes

Si, comme dans les films ou les séries d’espionnage, on affichait sur un grand tableau l’organigramme des différentes cellules de la riche scène musicale anglo-montréalaise, The Besnard Lakes y serait un acteur majeur, avec plein de flèches entrant et sortant de la fiche signalétique du quatuor.


Mené par le couple formé de Jace Lasek et d’Olga Goreas, The Besnard Lakes distille une musique rock complexe, à la fois vaporeuse et intense, onirique, où règne le souci du détail. Un post-rock psychédélique influencé par Brian Wilson dans lequel on plonge tête la première. Le type de musique brillante, hypercréative, que jamais vous n’entendrez à La voix. Jamais.


The Besnard Lakes lançait mardi un quatrième disque au titre intrigant, Until in Excess, Imperceptible UFO, enregistré dans son propre studio, le Breakglass. C’est entre autres grâce à ce lieu et au travail de Jace Lasek que The Besnard Lakes se positionne aussi bien sur l’échiquier musical d’ici. La simple liste des groupes qui y ont enregistré des disques est impressionnante. Parmi eux : Arcade Fire, Plants and Animals, Stars, Unicorns, Patrick Watson, Fly Pan Am, Suuns, Malajube, Karkwa, Radio Radio.


« Je me vois simplement comme un gars qui travaille trop ! lance à la blague l’humble mais bavard Jace Lasek au bout du fil. Olga et moi, on a pris la décision de déménager ici il y a 13 ans, et de lancer notre studio et The Besnard Lakes. On ne savait pas ce qui arriverait, mais ç’a marché très bien. Je suis très reconnaissant de pouvoir continuer à faire ce dont je rêvais. »

 

Prendre le temps


Jace, Olga et les deux autres membres du groupe, Kevin Laing et Richard White, auraient bien aimé créer ce nouvel album en deux ou trois semaines, comme prévu dans leur horaire. Mais travailler avec une tombée n’a pas été bénéfique pour ces créateurs très minutieux. Les chansons n’étaient pas à leur goût, et plusieurs ont pris le chemin de la corbeille. « On forçait un peu les choses pour aller rapidement, mais on a réalisé qu’on devait faire ce disque comme les autres, en relaxant et en s’amusant. Et à ce moment-là on s’est remis à être créatifs, et on a pu faire un pas pire travail. »


The Besnard Lakes est de ces groupes qui ne bousculent pas leurs chansons et qui leur laissent le temps de naître, d’avancer. Le temps qu’elles prennent à entrer dans le vif du sujet est pas mal le temps que plusieurs titres pop prennent pour exister. L’image fait rigoler Lacek. « Ouais ben, c’est un peu notre façon d’opérer, on veut que les gens entrent dans un autre monde en écoutant notre disque. Ça prend du temps pour traverser l’allée menant au village, tu ne peux pas te téléporter là ! On veut que les gens s’embarquent dans une aventure, d’un bout à l’autre. C’est une immersion, une expérience plus que n’importe quoi d’autre. J’ai toujours aimé ça depuis que je suis enfant. »


Sur le nouveau disque, le quatuor a tenté de peaufiner l’énergie de ses créations, tentant de ne pas finir systématiquement les chansons « par une espèce de crescendo gigantesque, épique ». Selon Lacek, la pièce And Her Eyes Were Painted Gold en est le parfait exemple avec sa finale en douceur. « C’est rare ! », dit-il en rigolant.


Peut-être leur album au son le plus « positif », Until in Excess, Imperceptible UFO permet d’entendre beaucoup plus la voix d’Olga, plus discrète par le passé. « La plupart du temps, la personne qui chante est celle qui a écrit les paroles. Là, j’ai été occupé pas mal, alors elle a eu un peu plus de temps libre pour jouer avec les chansons, et là elle est partout ! J’avais des plans de chanter sur Catalina, c’était ma chanson. Elle a mis les paroles dessus un jour et j’étais un peu fâché. Mais quand j’ai entendu le résultat, c’était de loin meilleur que mes paroles, alors, je lui ai dit de continuer comme ça ! »

 

Tournée


En prévision de ses futurs spectacles, The Besnard Lakes avait bien sûr à transposer ces nouvelles pièces pour la scène, ce qui, surprise, a été une tâche relativement simple. « On s’est assis en écoutant l’album, pour se dire quelles parties des chansons étaient nécessaires et qui allait jouer quoi. Et quand on a répété, tout s’est emboîté vraiment facilement, même si l’album est dense et plein de textures. »


Le groupe joue jeudi prochain au Cercle à Québec, et deux jours plus tard à Montréal, au Cabaret du Mile-End. Puis les quatre musiciens amorceront à Cleveland une tournée américaine avant d’aller au Royaume-Uni, leur plus grand marché en ce moment. « Je ne sais pas pourquoi, avoue Lacek. Notre musique est influencée par des groupes psychédéliques britanniques ; alors, peut-être que les gens là-bas retrouvent ça et s’y accrochent plus facilement qu’ailleurs. »


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Les volumes d’une encyclopédie

Depuis son deuxième disque, The Besnard Lakes Are The Dark Horse, le groupe reprend sur chaque disque la même esthétique visuelle, la même police, la même construction de pochette. Et ce n’est pas de la paresse. 

« J’ai toujours aimé les albums avec un certain thème commun, dit le chanteur Jace Lasek. Je visualise nos albums réunis sur une tablette, je les vois ensemble, je vois ça comme différents volumes d’une encyclopédie. J’ai toujours aimé les petits trucs qu’on devait collectionner pour former un plus grand objet. »

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