Ashkenazy, le filon cubique

Pour ses 50 ans de collaboration avec Decca, Universal publie une boîte de 50 CD consacrée au pianiste et chef Vladimir Ashkenazy.


Né en juillet 1937, à Gorki, Vladimir Ashkenazy fut, dès l’âge de 18 ans, le représentant de l’URSS dans les grands concours internationaux. Second au Concours Chopin de Varsovie en 1955, il remporta le Concours Reine-Elisabeth à Bruxelles en 1956, mais dut partager avec John Ogdon le trône en 1962 au Concours Tchaïkovski de Moscou. Il quitta l’URSS l’année suivante avec son épouse islandaise.


De mars et avril 1963, à Londres, datent ses premiers enregistrements pour Decca : le 3e Concerto de Rachmaninov avec Anatole Fistoulari et le 1er Concerto de Tchaïkovski sous la direction de Lorin Maazel, qui débutent la saga musicale attestée par ce coffret. Dès la fin des années 1970, Decca accompagna l’efficace reconversion d’Ashkenazy à la direction d’orchestre.


Avec ce coffret qui lui rend hommage, Decca creuse le filon marketing de ce début de décennie : le coffret cubique de 50 CD. Inventé pour les 111 ans de la Deutsche Grammophon et décliné pour des collections (RCA Living Stereo, Mercury Living Presence, The Decca Sound, Philips), le cube de 50 CD devient un genre éditorial à part entière, dévolu désormais aux compositeurs (Mozart et Beethoven chez DG) tout en continuant de ratisser le catalogue de certains labels ou collections : EMI Eminence, Mercury volume 2 et bientôt Archiv. Sauf erreur, Ashkenazy est le premier artiste concerné.


En ce qui concerne le rapport qualité/prix, on tourne toujours autour de 2 et 3 $ le CD. Les éditeurs ont compris que la reproduction des pochettes originales est un facteur majeur du succès. Pour Ashkenazy, celle-ci est soignée, contrairement au coffret Philips, lamentable à cet égard. Par ailleurs, les minutages des couplages originaux ont été généreusement comblés par des « bonus », contrairement au lamentable coffret Byron Janis de RCA, qui comporte doublons et CD de 20 ou 30 minutes.


Ces rééditions posent toutefois la question des doublons par rapport à une discothèque existante. On donnera ici simplement l’exemple des trois intégrales des concertos de Beethoven par Ashkenazy. Ici, un volume est puisé dans chacune d’elles : les Concertos nos 1 et 2 sont dirigés par Mehta (1983), les nos 3 et 4 par Solti (1972) et l’Empereur par Ashkenazy lui-même (1986). C’est du politically correct inutile, la mésentente Ashkenazy-Solti ayant été notoire.


Le plus grand bonheur est de retrouver des enregistrements de 1963 à 1978, les plus remarquables et parfois oubliés : Mozart avec Frager, les premiers CD avec Itzhak Perlman et le sublime CD de mélodies russes avec Elisabeth Söderström. L’époque numérique (depuis 1980) est répartie à égalité entre les activités de pianiste et de chef (Sibelius, Rachmaninov, Chostakovitch), où Ashkenazy est solide mais moins déterminant. Dommage que l’excellente Schéhérazade de Rimski Korsakov ait été oubliée. Comme le 2e Concerto de Brahms avec Mehta.


Pour qui n’a pas sa discothèque truffée d’enregistrements de Vladimir Ashkenazy, ce cube constitué avec logique peut être une agréable aubaine. Decca 50 CD 478 5093

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