Rachid Taha, entre Elvis et Oum Kalsoum

Zoom, le nouvel objectif du chanteur Rachid Taha
Photo: Thomas Bregardis Zoom, le nouvel objectif du chanteur Rachid Taha

Dans ce neuvième disque solo, Rachid Taha, le punk à la mémoire vive, crée le mariage imaginaire entre Elvis et Oum Kalsoum, avec les Clash et Johnny Cash comme témoins. Sont également invités au banquet : Brian Eno, Chaba Fadela et le réalisateur Justin Adams. En toile de fond : la brûlure amoureuse, la désillusion du printemps arabe et le cri de liberté.

Plus que par le mélange des genres, Zoom se distingue par l’affirmation très nette de chacun d’entre eux, alors que musiques orientales, maghrébines, folk, country, rock et punk prennent toute leur place, même en se fondant les uns dans les autres. Le garnement raconte : « Zoom, c’est mon objectif, comme dans la photographie. Le “z” est le zéro qui vient de l’arabe et qui veut dire “chiffre”. C’est aussi un mélange avec le “oum” et une rencontre entre l’Orient et l’Occident. Oui papa, ça réfléchit eh ! »


Dès le début du disque, il zoome en folk country sur la tendresse triste déclinée en arabe. Puis, le bal commence avec un échantillon de la grande Kalsoum, qui annoncera pourtant la pulsion rock sur les arabesques. Et comme toujours, le fond est punk. Plus loin, il déclenchera le rock électro arabe avant de lancer avec mandole et percussions une version de Now or Never, en se rapprochant pourtant de la version du King avec Jeanne Added.


La réalisation de Justin Adams est ponctuée d’une grande sensibilité. Guitariste de rock blues au pluriel, il a navigué entre les musiques des Touaregs, de Robert Plant et du groupe Triaboliques. « Il m’a apporté la sérénité, le sourire, sa culture, sa diplomatie, son jeu de guitare et ses couleurs », dit de lui le punk de Barbès. Il vient pourtant d’Oran, la terre du raï. Il avait déjà abordé le genre en le rapprochant de l’esprit original, mais avec une touche de programmation. Cette fois-ci, il en offre une version plus pop et très habitée : un appel à la liberté avec Chaba Fadela. « C’est un peu ma cousine biologique », dit-il simplement.


Dans Ana, Monsieur Ya Rayah évoque sur le galop du country les revers du printemps arabe. « Je suis une île. Je suis ouvert. Je suis heureux, chante-t-il ironiquement. Pour moi, le printemps arabe a semé une graine et, cette graine, elle a donné de mauvaises graines avec de mauvaises herbes. Je voudrais ne pas choisir entre la peste et le choléra, entre les dictateurs et les islamistes. Pour moi, il n’y a pas beaucoup de différences. »


Avec l’ancien Clash Mick Jones, il poussera la plainte vers le dub jamaïcain avant de conclure avec une reprise de Voila Voila, l’antiraciste, réalisée par Brian Eno en collaboration avec une pléiade d’artistes. « J’avais envie de remettre le couvert. Du racisme, il y en a partout et nous sommes là pour le combattre. »


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