Rihanna au Centre Bell - Supplice de la goutte

Pour l’avoir lu, je savais que le rappeur A$AP Rocky allait officier pendant 45 minutes en lever de rideau : j’y étais mentalement préparé. Enfin le croyais-je. J’ai vite compris que sa première partie, démarrée une demi-heure en retard, avait pour fonction de nous faire mériter Rihanna. Quelque chose comme le supplice de la goutte au milieu du front, façon Inquisition : oui, ça rend fou.


Je m’explique. Huit mots de vocabulaire pour trois-quarts d’heure, faites le calcul, on est encore dans les maths, ça suppose un minimum de répétition. Fuck par ci, shit par là, fucking shit en variante, motherfucking shit en gradation, j’ai cessé de noter à un moment donné, parce qu’on ne peut pas écrire en même temps qu’on avale (sans eau) des Tylenol fortes.


Chemin de croix, me disais-je en admirant les crucifix noirs sur le fond blanc des bermudas du A$AP et ses acolytes, bermudas portés par-dessus des combinaisons genre Penman’s à porte basculante arrière (gag gratuit : il faut bien s’amuser quand on a tant de temps à tuer).


Au soulagement général de moi-même, A$AP Rocky s’en est allé après ses 45 minutes, et je me suis dit : chic alors, une petite demi-heure et ce sera Rihanna. Faut vous dire que c’était ma première fois, je m’étais peu occupé jusqu’ici de la star, ses succès monstres, ses 100 millions de disques vendus et chansons téléchargées. Seulement voilà, à la dernière remise des trophées Grammy, elle m’a plu, Rihanna. Belle voix, pas de sparages, de l’émotion. Et si, pour son quatrième passage en ville, j’allais la voir ? J’avais bien été voir Lady Gaga (et en était ressorti ravi). Dont acte.


Du moins le croyais-je. La pause a duré une heure et 22 minutes. Une sorte d’éternité, pendant laquelle, en compagnie de l’estimé collègue de la Gazette, divers constats furent établis. À savoir : que les gens sont bien patients et qu’un rien les amuse (une jeune femme s’est livrée à quelques culbutes dans l’allée centrale du parterre, et les gens l’ont ovationnée). À savoir : que les gens, même jeunes et fringants ont quand même leurs limites. À 22h, ça huait.


Mais tout ça fut oublié à l’arrivée de la déesse devant sa statue de déesse. Mother Mary, Presh Out The Runway, Birthday Cake, c’était instantanément le triomphe. Nul doute que ça allait triompher ainsi jusqu’à la fin (la liste des chansons sera demain sur le site setlist.fm). Et moi ? Ça va. Je voulais voir Rihanna. J’ai vu Rihanna.

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