Concerts classiques - L’hédoniste savoure…

Les absents ont eu tort, car l’alliance des deux orchestres, qui se fait sans heurts stylistiques et musicaux, donne, en ce qui concerne l’assise sonore, un résultat impressionnant. Il est dommage que cette précision et cet impact se soient dilués dans une Maison symphonique qui, peu remplie — carrément vide aux étages supérieurs —, passe dans un mode « acoustique d’église » rédhibitoire pour une salle de concert. Il aurait fallu tirer quelques rideaux, au moins…

Le meilleur, nous l’avons eu au début, avec une Simple Symphony de Britten robuste, précise, nourrie et à l’engagement fervent. De l’œuvre d’Elgar je n’ai rien à dire ni à redire, au contraire de la Tallis Fantasia, où, en 18 minutes 40 secondes (soit un tempo très lent), Zeitouni déployait un tapis contemplatif hédoniste, avec quelques idées éblouissantes (des sonorités imitant l’orgue vers la fin), mais un problématique manque de contrastes entre les épisodes étales et animés.

Cet excès d’épicurisme sonore a marqué le rendu de l’excellente transcription des Danses populaires roumaines, avec une dernière danse enflammée mais, par ailleurs, une étrange posture, scrutant les coloris plus que les rythmes de danse, étrangement rubato. Dans la Musique pour cordes, Zeitouni colle bien aux suggestions de placement d’orchestre de Bartók et tente de respecter les tempos infernaux du Finale, contrairement à un 3e mouvement trop mesuré qui déséquilibre un peu l’ensemble.

Jean-Marie Zeitouni a assurément savouré son concert. L’initiative, concluante sur le plan sonore et ouvrant à des répertoires inhabituels, appelle des lendemains qui chantent.

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