Le retour aux sources d’Idir

Idir revient avec Neveo, premier disque solo depuis 1993.
Photo: Nuits d’Afrique Idir revient avec Neveo, premier disque solo depuis 1993.

À la fois figure de proue de l’identité kabyle et apôtre de l’ouverture, Idir revient avec Neveo, premier disque solo depuis 1993 et sixième opus seulement d’une carrière pourtant très riche depuis quatre décennies. Après deux albums empreints d’identités croisées, Neveo marque un retour aux sources de la culture et de la famille pour le sage poète populaire. Il en offre le contenu vendredi à l’Olympia de Montréal dans le cadre du Festival de musique du Maghreb, puis samedi au Palais Montcalm de Québec.


Neveo est en quelque sorte un disque homonyme, puisque le titre signifie « Idir » en lettres berbères anciennes. « Idir », pour « Il vivra », le pseudo qui révèle tout : « Les Berbères ont cette particularité de donner des prénoms contraires à ce qui pourrait arriver. Au XVIIe siècle, il y avait des épidémies, il n’y avait pas d’eau, pas de dispensaire, pas de toubib à l’extérieur. Les nouveau-nés mourraient tout de suite à cause des infections, alors pour conjurer le sort, on les faisait appeler Idir dans l’espoir qu’ils s’en sortent. Moi, j’ai choisi ce nom parce que j’avais vite compris que ma culture était tenue par le plus cynique des impératifs, celui de la survie. Je n’avais pas envie que ma culture meure. C’était une façon aussi à conjurer le sort ».


Idir est de ceux qui élèvent la voix sans hausser le ton. « Je n’ai jamais été un bon général de brigade », dit-il aussi doucement qu’il chante. Et le nouveau disque est celui d’un artiste plus militant qu’il n’y paraît aux premiers abords : « Je crois qu’il est plus politique que les précédents au niveau réel. Je revendique cette langue amazighe que je connais et que je vis. Mais maintenant, il s’agit de montrer ce que je peux faire avec, comment est-ce que je peux m’inscrire avec les autres, et ça aussi, c’est un acte militant et politique ».

 

Artiste pluriel


Neveo révèle un artiste pluriel : le musicien du village qui joue dans l’esprit des anciens, le porteur de la parole du sage, le guitariste folk accompagné par un trio ou un quatuor à cordes, le fils qui fait parler sa mère passée dans l’au-delà, le père musulman qui laisse sa fille suivre ses passions, et l’âme sensible qui « kabylise » des oeuvres majeures comme l’Hymne à la joie, Plaisir d’amour ou Scarborough Fair.


Il en situe le contexte : « Il s’agit de dire que cette musique kabyle peut se faire avec d’autres instruments, même si elle se fait aussi avec des instruments traditionnels. Une chose n’en empêche pas une autre. On ne peut pas fixer une date dans le temps et s’y tenir en vivant comme si on était dans une autre planète. On voit ce que ça donne avec les idéaux obscurantistes qui tendent à faire des musulmans un retour à un temps qui est révolu, parce que je crois que le Prophète, s’il vivait à notre époque, il serait aussi en baskets et en jeans. Pourquoi pas ? »


 

Collaborateur