Tame Impala au Métropolis — Oscilloscope’n’roll

À un moment, Kevin Parker s’est accroupi au beau milieu de la scène du Métropolis. Son demi-cercle de pédales, boutons et bidules autour de lui, on aurait dit qu’il jouait. Pas jouer comme on dit : jouer de la musique. Jouer comme un petit garçon dans sa chambre. Au Spirographe. Il s’agissait en fait d’un oscilloscope, dont il s’ingéniait à triturer les courbes elliptiques en rythme avec la pulsation du groupe derrière lui, les synchronisant avec sa guitare, créant des boucles. En fond de scène, un grand écran relayait les résultats. C’était fascinant. Et un peu schizo.
 
Les deux albums du groupe australien Tame Impala s’intitulent Innerspeaker et Lonerism, et on comprenait pourquoi ce lundi. Ce qu’on avait là, ce qui nous était donné à voir et à entendre, c’est ce qui se passe dans la tête du chanteur et multi-instrumentiste Parker, transposé dans le réel par tous les moyens à sa disposition : des excroissances technologiques (ses machins-trucs-choses) et des extensions humaines : le reste du groupe, très performant mais également très au service de leur Syd Barrett personnel.
 
Syd Barrett ! Pas pu m’empêcher de le ramener, celui-là : tout au long du spectacle, que le Kevin perdu dans sa néo-psychédélie soit debout et parfaitement immobile (aux orteils près, modifiant les sons et maniant l’oscilloscope), ou accroupi et totalement dans sa bulle, ou explosant ça et là d’énergie jusque-là contenue, je pensais au chanteur fou du Pink Floyd première époque.
 
Trip intense

Ce n’était certainement pas le cas de cette belle foule ondulante et juvénile, qui vivait avec le fluet jeune homme un grand trip intense. C’est moi qui aurais bien voulu ne pas avoir d’histoire du rock dans le ciboulot et recevoir cette musique dans toute sa fraîcheur, pour ne pas dire sa candeur. Quand ça exultait pendant Elephant, la chanson qui a propulsé Tame Impala dans les grandes ligues l’automne dernier, je ne pouvais pas ne pas entendre un peu beaucoup d’Interstellar Overdrive sur le riff de One Of These Days, et même un emprunt à Money (la fameuse ligne de basse descendante…), tout ça avec une voix qui était moitié Lennon au Tibet, moitié Liam Gallagher d’Oasis imitant Lennon au Tibet. Dommage pour moi.
 
Chaque génération de musique a le droit de se réinventer un monde, se repaître comme neuves de mille influences intégrées : par moments, lundi, j’arrivais moi aussi à ne plus rien reconnaître et à m’abandonner au plaisir, surtout dans les pièces aux mélodies les plus abouties, Feels Like We Only Go Backwards, Mind Mischief, Why Won’t You Make Up Your Mind, Auto-prog, Alter Ego. Parfois l’évidence frappait trop, ici ce simili-synth estampillé Genesis, là ces effluves du Pictures Of Matchtick Men de Status Quo (que jouaient les Revenants l’autre jour en lever de rideau des Zombies, décidément !). Mais je goûtais assez les jeux d’oscilloscope et les ambiances hypnotiques pour comprendre que ce groupe, dont c’était la quatrième visite en moins de trois ans (après La Sala Rossa, le Café Campus et Osheaga, montée fulgurante), n’est pas un mirage. Et que l’expérience sensorielle de lundi avait bel et bien lieu en 2013.