Le Metropolitan Opera au cinéma - La fusion de deux univers

Le Met a amorcé la fusion de la scène d’opéra et de la magie de l’écran.
Photo: Ken Howard Metropolitan Opera Le Met a amorcé la fusion de la scène d’opéra et de la magie de l’écran.

Grand rendez-vous musical, samedi, dans les cinémas, avec la diffusion, en direct du Metropolitan Opera, du Parsifal de Wagner mis en scène par François Girard.

Le spectacle aux dimensions intimidantes - six heures - n’a pas suscité dans les cinémas la ruée que l’on avait constatée pour les spectacles mettant en vedette d’autres Québécois, par exemple ceux mis en scène par Robert Lepage (Damnation de Faust, Ring des Nibelungen, La Tempête) ou dirigés par Yannick Nézet-Séguin (Carmen, Don Carlo, Faust). C’est dommage, parce que voir Parsifal est un événement. Le voir dans les conditions offertes par cette retransmission était une expérience unique.


Environ 200 000 spectateurs dans le monde communient en direct avec la scène new-yorkaise. Ces événements - les plus largement diffusés dans le domaine de la musique classique - sont aussi devenus pour le Met une arme à double tranchant, au point de nécessiter la saison prochaine une baisse du prix des billets en salle de 10 %. Il reste maintenant à déterminer les conséquences - sans doute plus importantes - sur les institutions locales, tel l’Opéra de Montréal…


Plus positivement, on redira à l’occasion de ce Parsifal que le Met a inventé un nouveau genre. Nous avons souvent décrié la manière dont le filmage parasitait les spectacles du Met par un découpage trop nerveux et une recherche inutile de « virtuosité » visuelle. Barbara Willis Sweete, qui met en images désormais la moitié des spectacles, s’est assurément penchée sur cette question. Et ce qui s’annonçait depuis quelques opéras filmés sous sa direction s’est matérialisé samedi : Willis Sweete a amorcé la fusion de la scène d’opéra et de la magie de l’écran.


Tel qu’il est présenté au cinéma, Parsifal perd très peu par rapport à l’expérience en salle et gagne beaucoup en acuité du regard. L’expérience du IIe acte est ainsi littéralement transfigurée à l’écran. Le bain de sang dans lequel il se déroule, accessoire en salle, devient un élément majeur. Barbara Willis Sweete revient à quelques fondements mis en oeuvre par Jean-Pierre Ponnelle, il y a 25 ans : filmer parfois celui qui ne chante pas, placer des protagonistes en perspective dans le même cadre (Amfortas, Gurnemanz, Parsifal au Ier acte), chercher les yeux plus que les glottes. La réalisatrice a aussi trouvé l’équilibre entre le plan large et le détail, même si seule une présence en salle permet vraiment de concilier l’action et les riches atmosphères données par les projections au Ier acte.


Le Parsifal de Girard est magique en salle ; il est encore plus éloquent et poétique à l’écran. La perspective de l’ouverture infinie sur le monde (d’autant que certains angles de vue montrent les coulisses) se perd un peu, mais la pertinence théâtrale et la subtilité augmentent. Musicalement, la dernière représentation de la série fut encore plus éminente que la première, avec pas mal d’huile dans les rouages côté orchestre et plus de ligne de chant chez Mattei (Amfortas) et Nikitin (Klingsor). René Pape reste un Gurnemanz irradiant d’humanisme et le tandem Kaufmann-Dalayman aura été parfait de bout en bout.


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Nézet-Séguin dirigera Rusalka dans la prochaine saison du Met

Le Metropolitan Opera a rendu publique sa saison 2013-2014. Dix représentations seront présentées au cinéma, dont Rusalka de Dvorák le 8 février 2014, avec Renée Fleming sous la direction de Yannick Nézet-Séguin.

La saison du Met au cinéma s’ouvrira le 5 octobre avec une nouvelle production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski mise en scène par Deborah Warner avec Valery Gergiev dirigeant une distribution de rêve : Mariusz Kwiecien, Anna Netrebko et Piotr Beczala.

Cette saison est celle du retour attendu de James Levine, dans un nouveau Falstaff de Verdi, mis en scène par le Canadien Robert Carsen (14 décembre). Les deux autres nouvelles productions sont Prince Igor de Borodine (Dmitri Tcherniakov à la mise en scène) et Werther de Massenet (Richard Eyre) avec l’incontournable Jonas Kaufmann. L’opéra le plus original de la série de diffusions sera Le nez de Chostakovitch.

James Levine dirigera, en plus de Falstaff, Così fan tutte de Mozart. Très présent pendant la défection de Levine, l’Italien Fabio Luisi n’apparaîtra que dans la reprise de La Cenerentola de Rossini, en mai, un opéra déjà diffusé, tout comme Tosca dans la mise en scène de Luc Bondy, dont on se serait bien passé. Enfin, le Met filmera, pour une dernière fois sans doute, la luxuriante Bohème de Puccini vue par Franco Zeffirelli, immortalisée dès 1982 avec José Carreras et Teresa Stratas.

Parmi les opéras non diffusés au cinéma, le Met lancera deux autres productions : la création de Two Boys, opéra de Nico Muhly, et une nouvelle Chauve-souris de Strauss mise en scène par Jeremy Sams avec une relecture dramaturgique en langue anglaise opérée par des auteurs de Broadway.

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